Les débuts des Fils de la Charité (1/2). Premiers prêtres et frères (1918-1920)

14 Déc 2020 | Histoire & Patrimoine | 1 commentaire

Auteur de l'article : Émilie Papaix
Crédit photos : Fils de la Charité

 

Les débuts des Fils de la Charité (1/2). Premiers prêtres et frères (1918-1920)

 

L’Institut des Fils de la Charité naît officiellement le 25 décembre 1918. Fondé par le Père Jean-Émile Anizan (1853-1928), il regroupe à la fois des prêtres et des frères. Son histoire est étroitement liée à celle d’une autre congrégation, les Frères de Saint-Vincent-de-Paul, fondée en 1845 pour l’évangélisation des populations défavorisées. Le Père Anizan y entre en 1886, et en devient le supérieur général en 1907. Déposé de sa charge par le pape Pie X, en 1914, il choisit d’être aumônier militaire durant la Première Guerre mondiale. Son départ de la congrégation est suivi par celui de près de la moitié des membres de l’Institut. On compte parmi eux les premiers Fils de la Charité, dont certains sont considérés comme des piliers de la fondation de cette nouvelle congrégation.

Si le Père Anizan a fait l’objet de travaux de recherche, il semble intéressant de mettre en lumière les premiers Fils de la Charité, qu’il s’agisse de ceux qui ont participé à la fondation ou des premiers novices. Ces prêtres et frères ont laissé peu de documents écrits. C’est donc par le biais d’archives iconographiques que nous vous proposons de les découvrir.

Piliers de la fondation

Parmi les premiers Fils de la Charité, certains ont participé à la fondation de l’Institut. Anciens Frères de Saint-Vincent-de-Paul restés fidèles à Jean Émile Anizan, ils sont sept à avoir joué un rôle particulier dans la mise en œuvre du projet de nouvelle congrégation.

Dès 1916, un groupe de fidèles au Père Anizan compose le Tiers-ordre de Saint-François d’Assise. Ce « groupement d’attente », comme le qualifie le futur fondateur, rassemble prêtres et laïcs, hommes et femmes, qui respectent un règlement et prononcent des vœux. En parallèle, des fascicules détaillant le projet du Père Anizan sont envoyés aux membres du Tiers-ordre et autres amis. Certains d’entre eux interviennent auprès des évêques et du pape Benoît XV pour qu’ils apportent leur appui au projet de fondation.

Les 12 et 13 novembre 1918, sept anciens Frères de Saint-Vincent-de-Paul se réunissent autour du Père Anizan, préparant la fondation des Fils de la Charité. Tous ont joué un rôle dans le projet du fondateur.

Alexandre Josse (1877-1945)

Issu d’une famille paysanne bretonne, Alexandre Josse rencontre le Père Anizan au séminaire de Ploërnel, alors que ce dernier réalise une tournée des vocations. Devenu Frère de Saint-Vincent-de-Paul, il est ordonné prêtre en 1903. Lorsque le Père Anizan est déposé de sa charge de supérieur général, il contacte le Cardinal Billot, son ancien professeur, pour prendre sa défense, sans succès. Après avoir quitté la congrégation, il est mobilisé dans un hôpital auxiliaire, à Paris.

Dès décembre 1914, il prend part au projet de fondation d’un nouvel Institut par le Père Anizan, avec les Pères Allès et Devuyst. Il reste en lien avec le futur fondateur durant la Première Guerre Mondiale, et se charge de le représenter pour ses démarches auprès des évêques. Appelé le « fils premier-né » par Jean-Émile Anizan, il fait partie du Conseil général de l’Institut dès ses débuts, en étant assistant (1921-1925, 1931-1933) et secrétaire (1925-1931). Il succède au Père Anizan comme directeur spirituel des Auxiliatrices de la Charité, la congrégation féminine qu’il a également fondée.

 

Yves Allès (1879-1950)

Comme le Père Josse, Yves Allès, né dans une famille paysanne bretonne, rencontre le Père Anizan lors d’une tournée des vocations, au petit séminaire de Tréguier. Devenu Frère de Saint-Vincent-de-Paul, il est un des proches du futur fondateur. Lorsque ce dernier revient du front, en 1916, et devient curé de la paroisse Notre-Dame-Auxiliatrice de Clichy, il est choisi comme vicaire. Il devient ensuite curé de Gentilly (1923-1930), vicaire de la paroisse Saint-Vincent-de-Paul de Clichy (1931-1939) et de la paroisse Saint-Jean-Baptiste de Belleville, à Paris (1940-1949).

Charles Devuyst (1881-1931)

 

Né à Lille, dans un milieu ouvrier, Charles Devuyst découvre les Frères de Saint-Vincent-de-Paul grâce au patronage Vauban, et est ordonné prêtre en 1907. Lorsqu’il quitte cet Institut, il se charge de rassembler les demandes des autres Frères souhaitant partir.

Combattant puis aumônier durant la Première Guerre mondiale, il participe à la fondation des Fils de la Charité. Il devient le secrétaire général de la nouvelle congrégation, puis le premier assistant (1925-1928) et le supérieur général (1928-1931), prenant la suite du Père Anizan après son décès. En parallèle, il exerce son ministère à Notre-Dame-Auxiliatrice de Clichy (1920-1921 et1924-1929), Notre-Dame d’Espérance à Paris (1921-1924), et Saint-Vincent-de-Paul de Clichy (1929-1931).

 

Georges Vaugeois (1866-1954)

Issu d’une famille de la bourgeoisie commerçante parisienne, Georges Vaugeois rejoint les Frères de Saint-Vincent-de-Paul et est ordonné prêtre en 1891. De 1907 à 1914, il est l’assistant de Jean-Émile Anizan, alors supérieur général. Après avoir été curé d’une paroisse dans le Pas-de-Calais durant la Première Guerre mondiale, il figure parmi les premiers Fils de la Charité. Dès 1919, il remplit la charge de maître des novices. C’est en 1926 qu’il devient curé du Bon Pasteur, à Paris. Il succède, en 1931, aux Pères Anizan et Devuyst comme supérieur général, jusqu’en 1943.

 

Bruno Mayet (1860-1935)

Bruno Mayet naît dans une famille de la bourgeoisie lyonnaise. Frère de Saint-Vincent-de-Paul, il est ordonné prêtre en 1883, et se charge de patronages. Le Père Anizan le nomme maître des novices à Tournai, en 1911.

Devenu Fils de la Charité, il est le premier curé de la paroisse Notre-Dame de Lourdes, à Argenteuil, en 1920. Il devient ensuite le curé de Villeneuve-Saint-Georges (1922-1926), puis succède au Père Vaugeois comme maître des novices, à Draveil. De 1930 à 1935, il fait partie de la communauté de Paray-Vieille-Poste.

 

Donatien Clavier (1853-1921)

Né dans la banlieue de Nantes, Donatien Clavier rencontre les Frères de Saint-Vincent-de-Paul au cours de ses études de droit. Il est ordonné prêtre en 1882. Ses compétences juridiques sont utiles au nouvel Institut créé par le Père Anizan. D’une santé fragile, il décède quelques années seulement après la fondation des Fils de la Charité, en 1921.

Henri Tardé (1846-1924)

Originaire de Vendée, Henri Tardé a une formation juridique. Devenu Frère de Saint-Vincent-de- Paul, il participe à l’expansion de l’Institut au Canada, en 1884, puis se charge de l’Œuvre des orphelins apprentis d’Auteuil, à partir de 1894.

Durant la Première Guerre mondiale, le Père Anizan le charge de trouver une maison pouvant accueillir les anciens Frères de Saint-Vincent-de-Paul revenant des combats. Il s’occupe de cette mission d’accueil dans une ferme située à Gaillon, dans l’Eure.

Novices de la Villa Sainte-Marie

Si les Fils de la Charité sont étroitement liés aux Frères de Saint-Vincent-de-Paul au niveau historique, l’Institut créé par le Père Anizan n’en est pas moins nouveau. Le pape Benoît XV, qui a relu et annoté le projet de constitutions du fondateur, tient à ce qu’il ne s’agisse pas d’une « refondation », comme initialement prévu par Jean-Emile Anizan. Créer une nouvelle congrégation implique que ses membres soient formés dans un noviciat, et qu’ils prononcent de nouveaux vœux. Ainsi, la plupart des premiers Fils de la Charité sont des anciens Frères de Saint-Vincent-de-Paul, dont la moyenne d’âge est de 50 ans, sont de nouveau novices.

Pour les accueillir, le Père Anizan acquiert une maison à Concy, dans le hameau d’Yerres, en Seine-et-Oise. Consacrée à la Vierge, elle est appelée « Villa Sainte-Marie ». Les résidents arrivent progressivement. Alors que l’armistice est signé depuis peu, tous les novices ne sont pas encore démobilisés, tandis que d’autres sont encore engagés dans un ministère paroissial.

La formation des novices commence le 1er juin 1919, sous la direction du Père Vaugeois. Jean-Émile Anizan est quant à lui présent une journée par semaine. Dès octobre 1919, les novices sont séparés en deux groupes. Les anciens Frères de Saint-Vincent-de-Paul restent à la Villa Sainte-
Marie, tandis que les futurs Fils de la Charité effectuant leur premier noviciat s’installent à Draveil, dans l’Essonne.

Le 11 juin 1920, jour de la fête du Sacré-Cœur, ce sont neuf prêtres et neuf frères qui prononcent leurs vœux temporaires, devenant les premiers Fils de la Charité. Ce jour est devenu la fête patronale de l’Institut, célébrée chaque année. Aujourd’hui, la Villa Sainte-Marie, quittée en 1929 pour le noviciat de Draveil, appartient aux Auxiliatrices de la Charité, dont l’Institut a également été créé par le Père Anizan.

Pour en savoir plus…

Jean-Yves MOY, Le Père Anizan, prêtre du peuple. Des Frères de Saint-Vincent-de-Paul à la fondation des Fils de la Charité, Paris, Cerf, 1997, 816 p.
Christophe HADEVIS, Erwan LE SAËC, Véronique GOURDIN, La Soif de Dieu. Une vie du Père Anizan, Paris, éditions de l’Emmanuel, 2017.

1 Commentaire

  1. P. TABU JEAN CLAUDE

    Très intéressant

    Réponse

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