Questionnement d’après la pandémie du coronavirus

2 Avr 2020 | Vie religieuse | 4 commentaires

Auteur de l'article : Xavier Séclier fc
Crédit photos : Pixabay

Questionnement d’après la pandémie du coronavirus

Coronavirus (COVID-19) : témoignage de Xavier Séclier

La moitié de la planète en confinement depuis fin mars 2020. Pour lutter contre la pandémie les gouvernements ont pris des mesures de confinements.

Les religieux, partout dans le monde, sont aussi tenus de respecter ces mesures restrictives.  Ils témoignent de leur manière de le vivre et de leur action.

Témoignage de Xavier Séclier fc

Le père Xavier Séclier est curé depuis 2015 de l’ensemble paroissial de La Chapelle-Saint-Luc et Les Noës. Il est confiné avec les autres religieux prêtres Bernard Claireau fc et Gilbert Julien fc. Il prend du recul face à la pandémie et se questionne sur la conversion nécessaire.

Du même auteur  :

1. Coronavirus et après ?

Appelés à l’humanité

Certes ce sont les historiens du futur qui nous le dirons, mais je pense ne pas me tromper en affirmant, dès aujourd’hui, qu’il y aura un avant et un après Coronavirus.

Cette pandémie mondiale a révélé toute la vulnérabilité de notre société moderne qui se croyait invincible en s’appuyant sur son orgueilleuse technologie. Les sociétés les plus fragiles sont toujours les sociétés les plus techniques. Le mythe de l’Atlantide nous l’enseignait déjà à l’époque de Platon.

Ces dernières semaines, nous avons réalisé que la nature restait bien maître du jeu. et qu’un petit virus, invisible à l’oeil nu, pouvait mettre une pagaille inimaginable dans nos vies bien rangées et nos économies mondialisées.

Nous regardions les épidémies de l’histoire — la peste noire et la grippe espagnole — avec condescendance. Nous avons été remis à notre place et appelé à l’humilité avec le coronavirus. En cela le temps du Carême 2020 fut une réussite.

La question désormais est la suivante : quels choix allons-nous faire ?

Allons-nous, comme au lendemain de la crise financière de 2008, nous dire qu’une fois encore nous l’avons échappé belle. Que désormais nous allons pouvoir continuer comme avant :

« puisque nous n’en sommes pas mort, ce n’était finalement pas aussi grave que cela. Reprenons, après cet incident, là où nous en étions… ».

Ou oserons-nous apprendre de cette épreuve et nous remettre fondamentalement en question ? Pas facile de se remettre en question. Nous nous sentons tellement pris, depuis des décennies, dans une matrice intellectuelle — certes imparfaite mais tellement rassurante — qui nous empêche de réfléchir à une autre forme de société.

« Pourquoi vouloir changer mon comportement pour quelque chose qui pourrait arriver dans cent ans ? »

Nous sentons bien que ce monde est inégalitaire. Les informations quotidiennes nous le disent. Mais pour nous qui faisons partis des plus nantis dans le monde (ayant un toit sur la tête, de la nourriture dans nos assiettes, un système de santé qui nous protège, une voiture…) pourquoi finalement remettre en cause cela ?

Certes nous voyons bien les pauvres à travers les écrans plats de notre vie quotidienne mais comme disait la chanson “et moi et moi et moi” de Jacques Dutronc : “j’y pense puis j’oublie, c’est la vie c’est la vie”.  A bien y regarder nous ne sommes pas prêt à accepter d’avoir moins de notre superflu pour que les autres puissent avoir, à l’autre bout du monde, accès à l’essentiel.

Mettre à profit nos réflexions personnelles

Nous avons, durant ces dernières semaines, touché plus concrètement à l’urgence d’agir. Face à la dégradation toujours plus grande de notre “Maison commune” la terre. La question n’est plus de savoir si nous pourrons nous arrêter avant le mur mais bien de savoir si nous aurons l’intelligence collective de ralentir pour minimiser les dégâts.

Telle la Cigale de monsieur de La Fontaine qui chantait sans souci du monde qui changeait autour d’elle ; certains nient l’existence du mur qui se présente devant nous et préfèrent regarder encore ailleurs cherchant à négocier un délai… prétendant que le sacro-saint progrès technique nous permettra de passer au dessus de ce mur… une fois encore. Qu’il n’y a pas de raison de s’alarmer outre mesure…

Saurons-nous mettre à profit nos réflexions personnelles, mûries en particulier durant cette retraite spirituelle forcée de plusieurs semaines ? Saurons-nous retrouver le bon sens qui fit le progrès des hommes depuis des millénaires et ainsi remettre en cause sans détour les errements de nos modes de vie et nos dogmes pervers et contre-nature ?Oserons-nous tenter d’ébaucher une “société de rupture” plus solidaire, plus fraternelle, plus à l’écoute des rythmes de la nature et moins idolâtre du dieu-technologie ?

Tenterons-nous d’aller vers une forme de “démondialisation” sans pour autant nous renfermer sur nous-même et risquer de faire naître de nouveaux populismes et autres nationalistes suicidaires ?

Oserons-nous nous diriger vers une société plus sobre mais aussi plus heureuse car plus authentique ? Une société où l’ “être” passera avant l’ “avoir”. Où l’économie et la finance seront bien au service du respect de la Création et du développement humain ?

La crise du Covid19, comme toutes les crises qu’a traversé l’humanité depuis ses origines, est une chance de repenser notre civilisation. Car comme le disait avec acuité Martin Luther King en 1968 :

« Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots ».

Xavier Séclier fc

4 Commentaires

  1. Antoine Grandin

    Très bon article qui donne à réfléchir. Merci beaucoup à ce père de votre congrégation qui me paraît jeune mais dynamique et qui met par ce texte bien le doigt sur nos contradictions. En effet, que sera le monde d’après ?

    Réponse
    • Xavier Séclier

      Merci pour votre commentaire monsieur Grandin. “Jeune, jeune”, les photos sont peut-être trompeuses… Je suis désormais dans la catégorie quadra. Je suis heureux que ce petit texte sans prétention puisse vous aider dans votre réflexion que vous portez je pense avec moi… Très cordialement. XS

      Réponse
  2. Toiron Gérard

    Merci Xavier pour ce texte ! Je partage pleinement tes commentaires. Cette crise sanitaire dont on ignore la véritable origine est une occasion de remettre en question nos modes de consommation, nos modes de transport, et surtout notre regard avec notre prochain, nos voisins. Je te souhaite bonne continuation dans ta mission !

    Réponse

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