La nuit au cœur par Nathacha Appanah

20 Nov 2025 | Livre coup de cœur | 0 commentaires

Auteur de l'article : Marie-Christine
Crédit photos : Edition Gallimard

La nuit au cœur par Nathacha Appanah

Féminicide à travers le récit de trois femmes dont elle-même

Le livre de Nathacha Appanah s’ouvre sur des images de terreur, des images qui hantent et poursuivent le lecteur, même lorsque la dernière page est tournée. La première image est celle de cette femme de 25 ans qui court à perdre haleine, tel un animal traqué, poursuivie par son compagnon en voiture. Puis il y a Emma, dans une même course éperdue, poursuivie en voiture par son mari qui la heurte, lui roule dessus, puis rentre tranquillement chez lui. Enfin c’est Chahinez, elle encore pourchassée en voiture par son mari qui lui tire une balle dans les jambes pour stopper sa fuite, descend de voiture, l’asperge d’essence et l’immole, la laissant dans le caniveau. Horreur innommable.

« De ces trois femmes, une seule a survécu, c’est moi » précise Nathacha Appanah. Il y a 25 ans déjà depuis cette nuit. Mais la cruauté du destin d’Emma et de Chahinez, la pensée de ces vies brisées, pèsent sur elle comme un poids. « Il ne m’échappe pas que de ce poids je dois faire quelque chose. Je me dois de partir à la quête des mortes comme si elles étaient vivantes, écrire depuis le noir, écrire dans le noir, et que ce geste rassemble tous ces morceaux éparpillés de ces deux femmes et de moi-même. »

Non pas une enquête mais une quête

Ce n’est pas une enquête sur les féminicides conjugaux que nous livre l’auteur. Cela, les médias et la société s’en chargent, avec un éclairage parfois infantilisant, qui peut même aller jusqu’à rendre ces femmes coresponsables de ce qui leur arrive. « Je reconnais toutes les voix qui se superposent à celle d’une morte. Ce sont des voix aimantes, mais également des voix condescendantes, des voix fausses, des voix politiques, des voix judiciaires. Il n’y a pas que le cœur de la femme qui s’arrête quand son compagnon la tue. Elle n’existe plus que dans sa mort violente. Cette mort-là peut salir et déshonorer aussi. »

Ce n’est pas une enquête, c’est une quête. « La quête désespérée d’une justesse au plus près de la vie, de la nuit, du cœur, du corps, de l’esprit ». Une quête pour reconstituer ces trois destins tragiques qui se mêlent en une même histoire.

Ils prétendent aimer leur victime, mais s’acharnent à les détruire

Effroyables histoires de femmes victimes de la violence de leur compagnon qui jettent une lumière crue sur le terrorisme intime qu’est la violence conjugale. Seule celle qui a vécu cette descente aux enfers peut décrire comment, insidieusement, mais inexorablement, ces bourreaux étendent leur emprise. Ils prétendent aimer leur victime, mais tissent autour d’elles comme une toile d’araignée, s’acharnent à les détruire, annihilant jusqu’à leur propre libre-arbitre, et ils poussent la perversion jusqu’à leur faire croire qu’elles sont responsables de ce qui leur arrive. Seule celle qui a vécu cette tragédie peut décrire la peur physique et morale qui envahit son cœur et son esprit. Elle avait une vie normale le jour, travaillait, rencontrait des collègues, puis, le soir, rentrait « dans une maison-prison où le compagnon-maton attend son dîner. »

Nathacha Appanah veut rendre vivantes

Ces tragédies sont aussi celles d’une défaillance collective et institutionnelle. Les proches qui soutiennent ces femmes finissent par ne plus les comprendre et presque même les accuser : « pourquoi est-elle retournée avec lui ? » Comme si elles pouvaient sortir de l’emprise d’un coup de baguette magique. Les failles de la police et des institutions censées les protéger ne font que précipiter leur destin tragique. Nathacha Appanah veut rendre à ces femmes leur dignité volée, leur vie et leurs rêves anéantis, leur beauté et leur respectabilité. Les rendre vivantes. Comme elle-même essaie de demeurer vivante malgré cette nuit au cœur qui la marquera à jamais et dont le silence est sa protection.

Marie-Christine.

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

10 ans de fidélité, le témoignage de Lewis Moundanga fc

Le père Lewis Moundanga fc a été en mission à Kinshasa, Abidjan, Grigny et à Saint-Ouen. Il témoigne de sa vie religieuse depuis 10 ans.

La vidéo du pape, prier chaque mois en Eglise

La Vidéo du Pape diffuse les intentions de prière mensuelles du Saint-Père. Nous nous associons à la prière mondiale de l’Eglise.

Rencontre européenne de Taizé à Paris 2025-26

Grigny-Ris Orangis, Saint-Ouen, Sainte-Hélène à Paris et La Courneuve accueillent des jeunes pour la 48ème Rencontre européenne de Taizé 2025-26

Nos cœurs invincibles par Tala Albanna et Michelle Amzalak

Depuis un an et demi, Tala Albanna et Michelle Amzalak, étudiantes, s’envoient des lettres dont Dimitri Krier, jeune journaliste au Nouvel Obs, a fait un livre magnifique.

107 ans de fondation de la Congrégation des Fils de la Charité

A Noël 1918, le père Anizan fondait les Fils de la Charité. Nous fêtons 107 ans de fondation et la naissance du Christ. Bonne année 2026 !

Hommage au père Jean Naert fc (29/01/1928 – 19/12/2025)

Jean Naert fc est décédé le 19 décembre 2025 après une vie pastorale au Québec, Villeneuve-Saint-Georges, Sallaumines, Saint-Ouen, Valenciennes, Issy-les-Moulineaux, Auxerre, Gentilly, Colombes.

Aucune nuit ne sera noire par Fatou Diome

Dans ce récit initiatique de Fatou diome, un vieux loup de mer va préparer son mousse à se lancer sur l’océan de sociétés méconnues.

Porter la lumière au cœur des fragilités

Roger Mimiague fc vit à Lourdes une “Demeure des Sources Vives”, un hébergement pour personnes en difficulté psychique, au cœur des fragilités

Invitation à la pièce “Au nom de la mère” le 24 mars 2026

Les Fils de la Charité en partenariat avec le Pôle BEL vous invitent à la représentation de la pièce de théâtre “Au nom de la mère” le 24 mars 2026 à Issy-les-Moulineaux

Défense du pain et du vin par Benoît Sibille

Pour Benoît Sibille “Le pain et le vin ont perdu le goût de ce pain pétri de nos vies humaines pour devenir une marchandise comme une autre”.

Share This