Soins palliatifs : Servir la vie jusqu’au bout ! Témoignage d’une religieuse médecin

30 Mar 2026 | Chantiers | 0 commentaires

Auteur de l'article : Soeur Brigitte Huerre, Xavière
Crédit photos : Illustration générée par IA pour les Fils de la Charité

Soins palliatifs : Servir la vie jusqu’au bout ! Témoignage d’une religieuse médecin

Médecin en soins palliatifs à la Maison médicale Jeanne-Garnier durant 25 ans, Sœur Brigitte Huerre, religieuse Xavière, livre un témoignage bouleversant sur l’art de soigner. Entre expertise médicale et présence spirituelle, elle raconte comment l’équipe soignante s’engage pour soulager, écouter et honorer la dignité humaine, afin de servir la vie jusqu’au bout.

L’expérience de Sœur Brigitte Huerre à la Maison médicale Jeanne-Garnier

Religieuse Xavière, j’ai travaillé comme médecin en soins palliatifs, à la Maison médicale Jeanne-Garnier, pendant 25 ans. Ce travail fut une expérience très riche, profonde, où la relation humaine était au premier plan.

J’ai vécu ce travail comme un service à la personne humaine, dans toutes ses dimensions, et un service pour la vie jusqu’au bout (je parle au singulier, mais c’est tout un travail d’équipe !)

Le malade est le plus souvent épuisé, ayant perdu une partie ou toute son autonomie, souffrant de symptômes pénibles et complexes.

L’équipe médicale et soignante est là pour prendre soin de lui. J’aime cette expression, qui dépasse la notion de guérison, laquelle n’est plus d’actualité, et exprime tous les soins à prodiguer pour que la personne malade soit le mieux possible, pour l’accompagner sur son chemin, l’aider à rester vivante sur ce chemin.

Soulager la douleur pour libérer l’esprit

Soulager les symptômes physiques est capital et premier, car une personne qui a des douleurs intenses, ou qui n’arrive plus à respirer, est envahie par cela, et son esprit n’est plus disponible à rien d’autre. Le médecin doit donc mettre toute sa compétence au service de ce soulagement.

Dans mes gestes concrets touchant le corps du malade, j’ai souvent pensé à la tendresse de Dieu, souhaitant que mes gestes puissent transmettre quelque chose de cette douceur, de cette tendresse, de ce respect. Face à ces personnes totalement épuisées, dépendantes et vulnérables, l’expression de « corps livré entre nos mains » m’a aussi habitée. Pour moi, le Christ était présent dans ce corps déformé, affaibli, sans défense. Il prenait ce corps dans son offrande pascale.

J’ai perçu aussi l’importance du regard : oser regarder simplement, avec accueil et respect, un visage totalement défiguré, ou des plaies dégageant une odeur nauséabonde, sans marquer de recul, sans détourner les yeux. Et oser croiser le regard du malade, dans lequel je pouvais recevoir tant de sentiments : la peur, la colère, la confiance, l’interrogation…

Prendre soin : une écoute face à la souffrance psychologique

Prendre soin, c’est aussi considérer la souffrance psychologique de la personne. La personne malade vit des deuils successifs : perte de la bonne santé, perte de son travail, de sa place sociale… Elle vit l’angoisse liée à la perte de toute maîtrise sur sa vie, à l’incertitude du lendemain… Et bien sûr, in fine, l’angoisse de la mort. Certes, certains médicaments psychotropes peuvent aider, et sont assez souvent indispensables. Mais l’écoute est essentielle.

Il m’a fallu apprendre à passer beaucoup de temps avec les personnes. Et ce n’était pas toujours facile d’être là, d’écouter jusqu’au bout, sans chercher dans ma tête quelque chose à répondre. Certes, certaines questions médicales demandaient impérativement une réponse vraie, recevable et compréhensible. Mais parfois je ne pouvais que me taire, et simplement être là. J’ai constaté que tous les malades ne parlaient pas explicitement de la mort, loin de là. Ils pouvaient l’évoquer indirectement, ou même pas du tout (verbalement en tout cas).

« Pousser les portes de cet établissement pas comme les autres est une expérience unique à laquelle vous invite ce livre. »

Favoriser une vie relationnelle et spirituelle au cœur de l’épreuve en soins palliatifs

Nous prenons soin du malade pour qu’il puisse rester vivant jusqu’au bout : qu’il puisse s’exprimer et garder au maximum une vie relationnelle. Il faut favoriser tout ce qui va dans le sens d’un « plus de vie » : une rencontre, un partage avec la famille, un petit plaisir, un moment au jardin, à l’atelier d’art-thérapie…

Instants de vie, si denses et en même temps si fragiles, instants de joie, au cœur de la souffrance et de la mort qui rôde. Oui, la vie et la mort cohabitent, d’une certaine façon… Donner aussi toute sa place à la vie spirituelle (chrétienne ou non), à l’accompagnement possible par l’aumônerie lorsque c’est souhaité, aux sacrements… J’ai assisté à quelques mariages dans la maison médicale, et surtout à un baptême dans une chambre, dont j’ai un souvenir très fort !

La mort et la Transfiguration : une espérance de Résurrection

Ce travail m’a mise souvent devant mon impuissance. En soins palliatifs, on est bien loin du fantasme de la toute-puissance médicale. On est parfois démuni, certains symptômes sont très difficiles à apaiser. Et puis surtout, on ne peut pas empêcher la mort d’arriver ! Et j’ai constaté que certains malades ou familles, même connaissant la situation médicale, refusaient de consentir à cette mort prochaine. Ils étaient dans un déni avec lequel j’ai dû composer. Car il fallait essayer de faire cheminer les personnes, pour qu’elles se préparent, mais sans les brusquer, sans casser brutalement ce déni qui était le rempart érigé contre une angoisse trop forte. Ce n’était pas toujours simple !

Pour conclure, je dirai que, juste après la mort, j’ai souvent été marquée par le visage du défunt : apaisé, avec une sorte de noblesse et de beauté nouvelles… Pour moi, ce fut quelque chose de la Transfiguration, annonce de la Résurrection.

Soeur Brigitte Huerre, Xavière

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