La fureur et l’extase par Laurent Larcher

2 Avr 2025 | Livre coup de cœur | 0 commentaires

Auteur de l'article : Eric Récopé fc
Crédit photos : Bayard éditions

La fureur et l’extase par Laurent Larcher

Ce grand reporter de guerre pour La Croix, Laurent Larcher a couvert bien des conflits, Mali, Côte d’Ivoire, Burundi, Kivu, Rwanda, Soudan, et même les Balkans. À combien de massacres, de violences sauvages a-t-il assisté, que l’instinct d’aucun animal sauvage n’aurait pu créer.

Laurent Larcher, grand reporter de guerre: “Il y a un “tueur” en nous !”

« Mais c’est l’Afrique ! » dit-on parfois. Laurent Larcher n’accepte pas ce mépris post-colonial ; il renvoie son lecteur à l’histoire passée et récente. Tant de massacres. À la Saint Barthélémy ou contre les Indiens, dans les camps de concentration, plus récemment au Cambodge, dans les Balkans ou en Irak, et au Moyen-Orient. Ces exterminateurs n’étaient pas des monstres, ni des sauvages, mais des hommes et des femmes comme nous ! “Il y a un “tueur” en nous ! Oui, c’est vous et moi.”

C’est sur ce constat que Laurent Larcher décide à son retour du Rwanda de partir en Centrafrique pour se “lancer sur les ‘traces du tueur’ en l’homme. Le mettre en lumière et me mesurer à lui, m’y confronter, le débusquer. J’entrais en guerre en quelque sorte contre un nouvel ennemi : ‘le tueur en nous’.”
Par de courts récits nous le suivons en des lieux aussi divers que des barrages tenus par des groupes armés, des camps de réfugiés et autres camps militaires, évêchés, mosquées, missions, centres de santé, hôtels de journalistes.
Émergent des visages de femmes, enfants, hommes aux parcours improbables tenaillés entre faim, peur, haine, vengeance, mais aussi désir de paix, de réconciliation, de vie nouvelle. L’humain dans toute sa complexité.

La guerre ne finit jamais son œuvre de destruction, elle vous dévore de l’intérieur

Il n’en sort pas indemne : “La guerre m’a pénétré au plus intime de moi-même et même au-delà. Si elle m’a épargné physiquement, la voici dans mon corps, dans ma tête, dans mon coeur, dans mes veines ; elle a infecté mon âme, empoisonné mon espérance, contaminé mes joies, souillé ma légèreté, épuisé ma sensibilité. Elle m’assèche peu à peu. Et m’isole du monde, de mes proches, des miens, avant de me réduire à presque rien. La guerre ne finit jamais son œuvre de destruction, elle vous dévore de l’intérieur, vous consume lentement.

Oui, je suis habité par elle. La guerre n’est pas la destruction, elle est la passion de la destruction, le jaillissement de la ferveur qui écrase, élimine, éradique l’autre, les autres, tous les autres.
Rire de tuer, rire en tuant, prendre du plaisir à tuer, prendre son plaisir en tuant, le faire en groupe, le faire en se filmant, en filmant la mise à mort, la destruction et l’anéantissement de l’autre, diffuser ces images, s’en gaver, les partager, les faire circuler, en redemander. Téléphones portables, rien de plus banal, de plus commun, de plus facile et de plus disponible.
Et pourtant, j’y ai aussi rencontré l’amitié, la fraternité, l’amour le plus puissant que l’on peut éprouver pour un autre, d’autres. J’y ai ressenti la vie dans ce qu’elle a de plus essentiel et de plus intense, une présence au monde pleine, entière, éclatante. »

Les plus belles du monde se trouvent parmi ceux qui ont traversé la nuit

Ce “tueur en nous” est si proche, prêt à émerger au ressenti des paroles d’exclusion et de haine éructées par les hommes et femmes politiques qui refusent d’assumer leur responsabilité. Immatures, ils jouent à créer la peur. Ils attisent des sentiments génocidaires prêts à grossir et à tout emporter, réduisant à néant l’équilibre si précaire de notre civilisation bâtie sur la démocratie, c’est-à-dire le respect de l’autre différent. N’est-ce pas déjà le but de ces autocrates qui se veulent créateurs de nouveaux empires ?
Mais comme l’exprime aussi Laurent Larcher : “Je n’ai jamais vu autant de belles personnes, les plus belles du monde se trouvent parmi ceux qui ont traversé la nuit.”

Éric Récopé fc

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour sur l’Edition Spéciale Famille Anizan 2026

Lettres inédites du P. Anizan et vers le centenaire des Auxiliatrices de la Charité lors des retrouvailles de la Famille Spirituelle Anizan 2026

Rêver en grand, agir ensemble : La force de la jeunesse avec l’ACE

Les 7 et 8 février 2026, l’ACE s’est réunie autour de la résolution “Vivons nos rêves ensemble”, moteur des clubs pour 2025-2027.

Livret de Carême 2026 : un rendez-vous quotidien avec l’Evangile

Les Fils de la Charité proposent un livret de Carême 2026 : un rendez-vous quotidien pour méditer l’Evangile et découvrir la spiritualité du père Aniz

“Pedro Meca, un homme libre dans la rue” par Nicolas Clément

Portrait de Pedro Meca op dont la vie donnée à la rue et à l’exclusion révèle une foi en l’homme et en Dieu à travers 50 ans de combat social

Rassemblement Fraternité Missionnaire des Cités 2026

Retour sur le rassemblement 2026 de la Fraternité Missionnaire des Cités, au cœur des quartiers populaires d’Ile-de-France où sont les Fils de la Charité

Ouverture du Concile provincial sur le catéchuménat

Les Fils de la Charité engagent leur expérience des quartiers populaires au service du Concile provincial : une Eglise proche et multicolore en Ile-de-France.

La vie consacrée, lumière d’espérance au cœur du monde

La fête de la Présentation du Seigneur et de la vie consacrée le 2 février est l’occasion privilégiée de rendre grâce pour ce don.

Trois pays, quatre ordinations en février 2026

Les 7 et 14 février 2026, quatre Fils de la Charité seront ordonnés, un prêtre et trois diacres, lors de célébrations en RDC, en Côte d’Ivoire et en Italie.

Hommage au père Léonard Diard fc (03/01/1931 – 26/01/2026)

Le décès du père Léonard Diard fc est survenu le lundi 26 janvier 2026 à la Maison de retraite Marie-Thérèse à Paris, à l’âge de 95 ans.

En vacances sur les pas du père Anizan

En août 2025 Christelle Simonetti a organisé une semaine de marche entre vacances, patrimoine et spiritualité sur les pas du père Anizan.

Share This