La visite du Pape, une opportunité pour le Mexique

San Cristóbal de las Casas, Chiapas

La visite du Pape, une opportunité pour le Mexique

A l’occasion de la visite du Pape François du 12 au 18 février 2016, Calixto Martinez (vicaire général des Fils de la Charité), Mexicain résidant actuellement en France, nous présente les défis que le Mexique a à relever.

Groupes criminels et autorités

Autrefois si paisible,  nous lisons dans la presse que la réalité a bien changé. C’est sûr, la violence a toujours existé. Les lieux sont géographiquement identifiés et sont liés aux cartels de la drogue.  Cependant, la situation actuelle est préoccupante.

La vague de violence dans le Michoacán (l’Etat à l’ouest de Mexico), en 2013, a montré que le gouvernement local était de connivence avec la criminalité et les narcotrafiquants. C’est ainsi les autorités fédérales ont été obligées d’intervenir, de capturer et d’expulser des criminels vers des Etats voisins.

Quelque temps après le Michoacán, en juin 2014, eurent lieu les événements de Tlatlaya (à 240 km au sud-ouest de la ville de Mexico) où l’armée mexicaine a exécuté arbitrairement des personnes (22 personnes tuées dans les affrontements). Sept militaires ont été arrêtés et jugés.

Paroisse "Santo Niño", Cuidad Juarez (au Nord du Mexique)

Paroisse “Santo Niño”, Cuidad Juarez
(au Nord du Mexique) © Calixto Martinez

Ensuite ce fut l’Etat de Guerrero (au sud) où 43 étudiants ont disparus (à Ayotzinapa) et dont nous sommes à ce jour encore sans nouvelle. Une fois de plus, les autorités fédérales ont assumé une crise qu’elles n’arrivent pas à bien gérer et démontre une incapacité à faire appliquer la justice.

Mobilisation contre la violence

Sans doute aujourd’hui, les défis les plus sensibles sont au Mexique : la violence, la pauvreté et la migration.

46 % au moins de la population vit dans la pauvreté. Même si celle-ci a diminué légèrement ces deux dernières années, grâce à une politique d’assistanat, le gens et notamment les jeunes, émigrent vers les villes ou vers les Etats-Unis. Le Mexique est un pays où beaucoup de gens sont obligés de quitter leur terre à cause du manque d’opportunité de travail. Entre 11 et 12 millions de Mexicains vivent à l’étranger et notamment aux Etats-Unis. Le pays est dans une situation géographique de transit des migrants qui viennent d’Amérique Centrale ou même du sud, vers les Etats-Unis.

Le système gouvernemental est inefficace. La police ne garantit pas la sécurité. La corruption tolérée ouvre une large porte au crime, en agissant de connivence avec les autorités. Le marché noir de la drogue n’aide pas.  Entre 70 et 80% des assassinats seraient associés à la violence du trafic de drogue.

Bellas artes, Mexico

Bellas artes, Mexico
© Calixto Martinez

Selon l’organisation des Nations-Unies, entre 2006 et 2014, plus de 6000 enfants et adolescents de moins de 18 ans ont été portés disparus, enlevés par des bandes de crime organisé, affirme un éditorial catholique. Dans l’Etat de Mexico, en 2014 seulement, on note la disparition de 400 enfants et adolescents pauvres (dans les municipalités de la banlieue d’Ecatepec, Ciudad Nezahualcoyotl et Chimalhuacán).

Vivre dans un climat de violence provoque peu à peu des changements d’habitudes comme une baisse de la consommation et l’augmentation de la peur. Les dégâts évalués seraient équivalent à 27% du PIB, estime l’Institut d’économie et de la paix (Institute for Economic & Peace). Mais le coût de la violence a aussi des répercutions sur les dépenses publiques de l’Etat pour assurer la sécurité.

Compte tenu de ces événements douloureux la société civile réagit. Les citoyens frappés par la violence s’organisent pour dénoncer la situation et l’état d’insécurité qui est une préoccupation de tous. La lutte est menée par des associations civiles, des journalistes de la presse écrite et de la radio qui font un grand travail. Enfin, les jeunes, à travers les réseaux sociaux, diffusent une information critique et rapide de ces faits de violence.

Une Eglise engagée

Dans l’Eglise catholique mexicaine, de nombreux laïcs sont engagés dans des Communautés ecclésiales de Bases ou d’autres espaces. Et à titre individuel beaucoup des gens aident les autres, comme les femmes appelées “Las Patronas” qui apportent de la nourriture aux migrants voyageant dans de wagons de trains de marchandises. Dans les lieux de passage comme Oaxaca, Chiapas ou Ciudad Juarez des organisations ou associations d’aide existent comme la “Casa del Migrante” à Ciudad Juarez. Cette maison des migrants, aide pour les besoins élémentaires : nourriture, vêtements et repos. Mais c’est aussi un espace d’écoute où les peronnes peuvent s’exprimer en toute liberté.

L’Eglise catholique en général a condamné la violence sous toutes ses formes et une partie est plus engagée dans la lutte pour le respect des droits de l’homme, même si elle doit encore aller aux périphéries. On peut citer quelques organisations comme le centre des “droits de l’homme” Fray Francisco de Vitoria (d’inspiration catholique), le centre Agustín Pro, aussi d’inspiration catholique et le Centre Bartolomé de la Casas (Chiapas).

San Cristóbal de las Casas, Chiapas

San Cristóbal de las Casas, Chiapas
© Jacqueline Flamon

Des prêtres sont particulièrement engagés comme Alejandro Solalinde qui a été menacé de mort (à Ixtepec, Oaxaca, le chemin emprunté par les migrants qui viennent d’Amérique Central) et Joel Padrón, à Somojovel, Chiapas qui à travers ses articles journalistiques dénonce clairement les injustices que subissent les indigènes des Chiapas.
Des Evêques dénoncent eux aussi la violence et les injustices de manière claire, comme le Cardinal Suarez Inda, l’Evêque de Cuernavaca, Ramón Castro qui a fortement dénoncé le crime commis contre la maire de Temixco (Morelos), assassinée le 4 janvier 2016, un jour après sa prise de fonction en tant que maire. “Comment est-il possible que toute une région de l’Etat est dans les mains du crime organisé ?” a questionné Monseigneur Castro.

La Conférence Episcopale de Mexique (CEM) dénonce dans tous ses discours officiels la violence et l’injustice. Elle a publié un matériel d’éducation à la paix. Elle donne des orientations pour accompagner les victimes de la violence dans l’Etat de Guerrero ou par exemple encore à travers le document “Christ notre paix, pour que le Mexique ait la vie” (Cristo nuestra paz, CEM, février 2010).

Pour conclure

 Tunique de Juan Diego Cuauhtlatoatzin, Basilique de Guadalupe

Tunique de Juan Diego Cuauhtlatoatzin, Basilique de Guadalupe
© Florence Sanyas

La solution doit venir de l’ensemble de la société: du gouvernement, des associations, des intellectuels, de l’Eglise, de tous.

Lorsque vous visitez ce pays vous constatez la force de la vie, la joie et la lutte pour vivre. L’espérance indéfectible est remarquable dans la lutte organisée et aussi dans la manière de célébrer les moments importants de la vie. Le peuple résiste et veut vivre, travailler, lutter envers et contre tout.

Le Mexique est un pays croyant, 83% des habitants sont catholiques. Sa tradition ancestrale de religiosité populaire est aussi un facteur d’unité, de même que sa vénération à la Vierge de Guadalupe, symbole de l’identité mexicaine. Elle est déterminante dans la cohésion religieuse et identitaire du Mexique.

La visite du Pape, est un moment historique qui peut être un temps de grâce, de témoignage de la miséricorde de Dieu, dans les périphéries.

Calixto Martinez fc

 

En mission au Mexique, témoignages

Revue de presse

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