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Vivre avec nos morts, un livre de Delphine Horvilleur

Femme Rabbin du Judaïsme en Mouvement, Delphine Horvilleur est directrice de la rédaction de la revue Tenou’a.

Dans ce «Petit traité de consolation», l’auteur tresse étroitement trois fils, le conte, l’exégèse et la confession. Elle raconte un aspect de sa fonction : être rabbin, c’est vivre avec la mort, celle des autres, celle des siens. Avec une manière bien à elle de donner sens à cette mort à travers les textes de la tradition et par l’évocation d’une blessure intime et la remémoration d’un épisode autobiographique dont elle a réveillé le souvenir enseveli. Les textes sacrés ouvrent un passage entre les vivants et les morts : « Le rôle d’un conteur est de se tenir à la porte pour s’assurer qu’elle reste ouverte. » Et permettre ainsi à chacun de faire la paix avec ses fantômes.

Ce livre témoignage est comme une tapisserie de rencontres pour des temps de deuil. En ces mois de pandémie la mort est entrée dans nos vies, sans autorisation. Ou plutôt rappelle l’auteure, elle n’en n’était jamais partie. «Trouver les mots et connaître les gestes pour ces moments-là, est le cœur de mon travail au cimetière quand j’officie. Le prolongement des morts dans les vivants.»

Celui qui n’est pas un familier du judaïsme vécu aujourd’hui découvre beaucoup de gestes et de rites signifiants dans cette tradition, ainsi les cailloux sur la tombe, les ablutions en ressortant du cimetière. « Rabbin laïc » elle donne quelques précieux conseils à qui doit préparer une célébration avec une famille en deuil. « Ne jamais raconter la vie par sa fin, mais par tout ce qui en elle s’est cru sans fin (…) Faire sentir combien dans la vie, nous avons été en vie.» Le rite de la tunique blanche dit que chaque homme que l’on enterre est un grand prêtre au jour de son départ, car il se prépare au même face à face. Un jour elle s’est retrouvée au cimetière avec seulement le fils de la défunte : « Je crois que jamais mieux que ce jour-là je n’ai compris mon rôle et ce à quoi sert un officiant au cimetière. » La prière du « kaddish » n’est pas d’abord la prière des morts mais en premier lieu une prière de louange.

Quelle réponse apporter à un enfant de huit ans dont le petit frère vient de décéder ? « Questions d’enfant qu’aucun adulte ne s’autorise à énoncer. » C’est ce qu’elle appelle « tomber dans la question ». Elle dit comment des personnages bibliques lui permettent de trouver les gestes et les paroles. Ce fut Rebecca lorsqu’une jeune maman se découvre une tumeur au cerveau et lui demande de l’accompagner comme amie et comme rabbin pour les semaines qu’il lui reste à vivre. Ou le personnage de Moïse : « La vie de Moïse porte en germe tout ce qu’un jour ceux qui se réclameront de lui parviendront à faire pousser (…) Dans cette légende se tient tout ce que le judaïsme pourrait enseigner sur la mort (…) Les juifs affirment qu’ils ne savent pas ce qu’il y a après la mort. Mais ils pourraient le formuler autrement : après notre mort, il y a ce que nous ne savons pas. Il y a ce qui ne nous a pas encore été révélé, ce que d’autres feront, en diront et raconteront mieux que nous, parce que nous avons été. »

Un livre stimulant, qui fait du bien.

Jacques Baudet, fc

Autre livre du même auteur :

« Des mille et une façons d’être juif ou musulman »
DIALOGUE Delphine Horvilleur / Rachid Benzine
interrogé par J.Louis Schlegel, 2017 – 19 €

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