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Histoire du gauchisme, l’héritage de Mai 68

de Philippe Buton

Edition Perrin

Après une longue enquête auprès des principaux leaders et une lecture tant des journaux de la galaxie gauchiste que des archives des services de police. Le lecteur qui avait vingt ans en 68 trouvera sûrement des noms connus.

La première découverte de ce livre d’histoire contemporaine est de constater que nombre de dirigeants de ce mouvement bigarré à souhait se sont recyclés dans cette société dont ils annonçaient la fin ; on les retrouve dans le journalisme ainsi Edwy Plenel, au CNRS, politistes (Sciences Po) ou dans l’Administration, on ne compte plus ceux et celles qui sont devenus permanents au parti socialiste, députés ou sénateurs verts, voire Premier ministre – Lionel Jospin fut membre de la très trotskiste OCI. A croire que le gauchisme fut une formidable formation à la vie politique, jamais reniée par les intéressés.

L’histoire du gauchisme politique s’étire tout au long des années 70, il mêle les organisations anarchistes, trotskistes et maoïstes et quelques autres, certaines furent dissoutes, d’autres se sont dissoutes comme la Gauche Prolétarienne (GP) en 1973. La liste des journaux donne une idée de ce foisonnement : l’auteur en dénombre 5 pour les anarchistes, 10 pour les trotskistes, pas moins de 32 pour les maoïstes, et 7 divers dont le PSU. Certains groupes ont trouvé une forte influence dans le milieu étudiant, comme la Ligue communiste révolutionnaire (LCR). La GP a cherché à s’implanter en classe ouvrière par l’envoi de centaines de militants au travail et ces « établis » ont eu un poids non négligeable dans le mouvement syndical et ouvrier.

Selon Philippe Buton, l’année 75 a vu basculer vers la démocratie des organisations que ne l’étaient guère. La GP, elle ne fut pas la seule, a cru vraiment que le moment de la Révolution était arrivé, et assez vite, elle a conduit des actions violentes qui devaient préparer le Grand Soir et la dictature du prolétariat, mais aucune formation gauchiste n’a basculé dans le terrorisme, comme en Italie et en Allemagne. Les raisons en sont multiples, ces groupes que l’on peut qualifier de sectaires, tant ils exigeaient un engagement total, ne l’étaient pas absolument, il y avait la vie des gens, les traditions d’une France à dominante éthique chrétienne, et le désenchantement à l’égard des modèles staliniens assassins dénoncés par l’archipel du Goulag.

Après s’être convertis au marxisme-léninisme le plus dur, ils ont vécu une autre conversion, vers une orientation politique qui ne croit plus au Grand soir ni aux vertus de la violence politique et qui accepte la lenteur de l’histoire et le travail quotidien et fastidieux, syndical par exemple.

Si le gauchisme politique fut éclaté, il baignait dans un « gauchisme culturel » beaucoup plus fécond. Ils furent les premiers à porter la cause des femmes et celle de l’écologie, à porter les luttes des OS et des migrants. Ils ont remis en cause le modèle « fordien » des grandes entreprises et favorisé l’éclosion de nouvelles formes de type coopératif. Ils ont gauchi le parti socialiste. Ils nous ont aussi laissé durablement une défiance mortifère à l’égard de toutes les institutions, et tous n’ont pas perdu l’aptitude à manipuler à l’occasion telle assemblée générale.

Il leur fallait sortir un jour de cette situation schizophrène qui les faisait militer dans des organisations au fonctionnement centralisé et autoritaire alors qu’ils étaient les enfants d’un mai 68 festif, dépoussiérant une France gaulliste corsetée et vieillotte, filles et fils d’une génération qui voulait vivre d’une liberté débridée au départ et joyeuse.

Gérard Marle, fc

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