Histoire des banlieues française,

d’Erwan Ruty

Editions François Bourin 2020

Je ne saurais trop vous recommander la lecture de ce livre. Après l’avoir entendu lors de la présentation de son livre dans une librairie de saint Denis. Il n’y résumait pas son livre, il en soulignait l’architecture et ouvrait quelques portes.

S’il faut nommer un commencement, Erwan Ruty le voit dans « la marche pour l’égalité », de Marseille à Paris,  qui s’échelonnera du 15 octobre au 3 décembre 1983, comme un prolongement des émeutes qui venaient d’avoir lieu dans des villes de la banlieue lyonnaise, notamment aux Minguettes – Vénissieux. Au départ il y eu  parmi quelques-uns l’appui d’un prêtre, d’un pasteur, tous deux membres de la Cimade ; diverses personnalités et finalement toute la gauche apporta son soutien, jusqu’au président de la République. Elle fut vite rebaptisée  « marche pour l’égalité et le racisme », puis « marche des beurs ». Or  transformer une demande d’égalité, républicaine, en démarche identitaire la dénatura complètement : elle portait une visée universelle et elle fut transformée en revendication minoritaire (on dira plus tard communautaire),  et l’exigence d’égalité, de similarité devient une revendication de la différence. L’inverse de ce qu’elle portait.

Cette méprise dure depuis quarante ans, qui montre l’incompréhension de ce que se passe réellement, jusqu’au refus délibéré ici et là de le voir : les presque quarante années suivantes montrent abondamment l’impossible rencontre entre le centre et la banlieue de plus en plus ghettoïsée (malgré les sommes considérables consacrées à la rénovation des principales Zones Urbaines Sensibles par l’ANRU).   Alors même que cette banlieue devenue encore plus mélangée donne le ton en matière de culture, tel le rap, le slam, l’art cinématographique, en fait le langage banlieue qui sort la langue française elle-même de l’épuisement.

Evidemment, comme l’avait noté les auteurs du livre « Banlieues populaires » (CEVIPOF 2018), le premier drame est la désindustrialisation et le chômage, mais là encore, ces banlieues montrent une volonté de se débrouiller par soi-même,  avec un travail à inventer (startup)  – et pas seulement par l’intégration dans le marché de la drogue. On se bouge beaucoup dans ces banlieues, mais qui veut de ses jeunes et de leurs familles ? Au bout du bout, les questions de l’origine, de la « race », de l’identité et de l’instrumentalisation de la religion envahissent le champ médiatique et conduisent à une stigmatisation  plus profonde. Cette marche pour l’égalité, ce fut, écrit-il,  « un printemps qui a donné un hiver ».

Erwan Ruty est responsable associatif en banlieue depuis la fin des années 1990. Il est aujourd’hui directeur du Médiélab93, un incubateur qui soutient les jeunes créatifs en Seine-Saint-Denis.

Mais nous savons que l’avenir n’est pas écrit d’avance. L’auteur rejoint un fort courant « écologique »  qui remet à l’ordre du jour le « territoire » et ses solidarités sans lesquelles personne ne peut vivre. Convergence des temps avec les « territoires » zéro chômeur de longue durée. Juste une dernière note : ce livre ne surévalue pas mais n’ignore ni ne disqualifie a priori les religions tout au long de cette histoire – Erwan Ruty, qui est directeur de Ressources Urbaines, l’agence de presse des quartiers,  lui, n’a pas sur la banlieue un regard pressé et lointain.

Le mur qui sépare plus encore aujourd’hui les banlieues du centre, ce mur que le centre a construit et entretient pour se protéger, ce mur, malgré tout, n’a pas les promesses de la vie éternelle. Des portes s’ouvriront.

Gérard Marle,fc,  septembre 2020

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