La ferme au coeur de la ville

La ferme au cœur de la ville

Une ferme urbaine à Bourges, la ferme des beaux regards : à la rencontre d’Aurélien et d’Adeline nos nouveaux agriculteurs.

C’est sur leur terrain de 2,5 hectares que je les rejoins. Notre rendez-vous est à l’entrée de l’hôpital George Sand, hôpital psychiatrique de la ville autrefois appelé l’hôpital Beauregard. Ils arrivent à vélo avec Marin leur fils de 2 ans. A 200 mètres environ de l’entrée sur la gauche ce terrain s’offre à nous. A droite, je vois une plantation d’arbres, un peu plus loin une cuve à eau me semble-t-il. Je regarde à gauche une partie non cultivée encore, une vue sur la cathédrale comme on n’a pas l’habitude de la voir. On est un peu sur la hauteur et puis passée la vue sur la haie qui ferme ce terrain, on aperçoit des bâtiments, école, collège et lycée. Aurélien et Adeline, ce jeune couple de 35 et 37 ans se réinstalle dans cette ville il y a 4 ans. C’est là qu’ils ont grandi tous les deux.

Pierre Tritz © Fils de la Charité

© Fils de la Charité

Les raisons du retour d’Aurélien

Petit virus corona, ce que tu auras permis dès tes premiers agissements, sans que l’on s’en compte à priori, c’est de briser les liens avec l’autre, les autres. Tu es quand même très sournois pour te transmettre par le contact humain, sachant que c’est une manière de rejoindre le proche, l’ami, les gens que l’on aime dans ce qui nous fait vivre et exister. S’embrasser, se toucher, se serrer dans les bras : des gestes tellement remplis de sens, qui font du bien, qui donnent du bonheur. Conséquences : distanciation d’au moins un mètre à la place de se serrer dans les bras, des masques sur nos visages pour ne plus pouvoir s’embrasser, des gants pour ne plus se toucher.

Mains par Shutterbug75 de Pixabay

© Shutterbug75 de Pixabay

Et encore plus fort : tu vas te rendre très contagieux et te propager très vite en te servant de nos propres moyens de déplacements pour rejoindre les autres au bout du monde, entre autres par les avions. Vraiment très créatif et inventif ce virus. Tu as réussi à 100%.

Branché presque toute la journée

Alors depuis des semaines, pour rejoindre mes amis au bout du monde, ou les plus proches ce sont par les écrans, les courriels, les réseaux sociaux que je suis en lien avec eux, branché presque toute la journée, en suivant les décalages horaires et les fuseaux. Et on se parle, on se parle, des textos, des petites vidéos que j’envoie ou bien même se voir par écran interposé. Garder des liens, les protéger d’une manière virtuelle. Se donner des nouvelles et même faire des visio-conférence pour travailler ensemble.

© StartupStockPhotos de Pixabay

on était entré dans un burn-out mondial

Cerise sur le gâteau : être confiné chez soi, ne plus pouvoir sortir, comme si on était entré dans un burn-out mondial. Être confiné, là encore il y a des grandes différences. Être confiné à la campagne ou dans un petit appartement est bien différent, être confiné dans un bidonville ou une favela où le confinement se vit à longueur d’années, c’est bien différent.

Quel message ce petit virus veut-il me faire comprendre ?

Depuis quelques jours maintenant, toujours bien confiné, je me dis : quel message ce petit virus veut-il me faire comprendre ou nous faire comprendre ? Les liens sont tellement importants et nous le mesurons tous ces jours-ci. Être éloignés les uns des autres et toutes les souffrances que cela peut engendrer, comme ce qui se vit dans les EHPAD. Ces personnes âgées confinées jusqu’à mourir de tristesse.

Et j’entends ce virus me dire : “regarde autour de toi, tout le monde court, il n’y a plus de temps pour l’essentiel, il y a plein d’incohérence dans ton mode de vie, la planète est en train de crever, la pollution envahit nos ciels, nos villes, nos poumons”. Tiens, je commence à comprendre, pas con, tu es petit virus, tu infectes principalement les voies respiratoires comme pour nous faire comprendre que par notre pollution, nous infectons l’humanité entière où l’air devient irrespirable. Oui, c’est bien vrai. Je me rappelle ces embouteillages monstrueux à Manille ou à Mexico. Irrespirable l’air. Et déjà des masques partout.

Le port du masque pour éviter la contagion de JF Courtille

© JF Courtille


Extrait de Chantiers n°207 – septembre 2020

 “Les fleurs et le grain de sable” : en savoir plus et s’abonner


Couverture de chantiers de septembre 2020 n°207

Sommaire de chantiers de septembre 2020 n°207

Tu appelles cela du lien ?

Mais petit virus, tu veux dire quoi encore ? “Regarde encore, comment vivent les gens autour de toi ? Comment s’organisent les journées ? Vraiment existe-t-il encore des liens, ceux auxquels tu crois ? Le lien passe par le virtuel et les écrans. On se promène et on ne regarde même plus la nature mais son téléphone portable, dans les transports, dans la rue, chacun parle comme s’il était tout seul. Tu appelles cela du lien ? Alors je vais couper encore ce qui restait de lien et en exagérer leur travers”.
Ah ! Et comment ? “Je vais les confiner. Au départ, ils seront à fond sur les écrans, tous les écrans et même pour le télétravail, écrans, écrans. Mais ils vont saturer, lever les yeux de leurs écrans car ils vont découvrir qu’ils ont une famille, des voisins, des amis, et même ils ouvriront leurs fenêtres, iront sur leurs balcons pour être proches des uns des autres, s’interpeller. Mais il faudra encore garder les distances, et jeûner des embrassades, des abrazzos comme disent tes amis espagnols”.

Un jardin public fermé pendant le confinement de JF Courtille

© JF Courtille

« Nous sommes témoins de leurs réussites »

Petit virus je commence à comprendre. Tu nous confines pour que je puisse découvrir, pour que nous puissions découvrir la richesse des vraies relations, ceux avec qui je partage le pain, les coups de cœur, les belles choses de la vie, les rires, un bon vin, les beautés de la nature, un festival. Tiens au fait !!! Vraiment pas sympa toutes les annulations de festivals que tu nous imposes depuis le printemps de Bourges jusqu’au festival de jazz à Marciac et tous les autres.

Alors, peut -être, comme l’écrit Edgar Morin, ce grand monsieur que j’aime beaucoup : ” le confinement peut nous aider à commencer une détoxification de notre mode de vie” ou encore “le virus est philosophe, il nous oblige à nous interroger”.

Ou bien encore Christine cette jeune fille qui habite avec sa famille dans un des bidonvilles les plus sordides du monde, dans la banlieue de Manille, à Tondo. Le confinement, elle connait à longueur d’années. Elle écrit : “au milieu de cette crise qui menace la vie, je peux encore voir des sourires et des rires. Nous sommes des personnes résilientes … Nous n’avons pas grand-chose, mais nous avons tout.”

Pierre Tritz fc

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