Manifestation de la CGT

Portrait de Michel Delepoulle fc


Michel Delepoulle
19/07/1923 – 03/01/2015

Durant toute sa vie et jusqu’à la fin, Michel Delepoulle a fait le choix des pauvres : « Il faut aller plus loin qu’une action avec les plus fragiles. Pour cela, LES ECOUTER, ils ont quelque chose à nous donner ; leur faire confiance, tout en reconnaissant que notre agir est important ; Puis pour nous, chercher les causes de cette fragilité qui rejoint celle de tout un peuple. Sur ce regard, le Père Anizan, les Fils m’ont beaucoup apporté… (Juillet 2011 dans le courrier des Prêtres Ouvriers)
« A Présent, j’ai plus de temps pour regarder, pour prier, mais pas pour faire. Je suis heureux de finir ma vie comme PO. La première qualité, c’est de savoir écouter, pour rester fidèle à l’évènement et prendre sa place dans la libération de ce monde. A Saint Joseph, il est difficile de vivre un engagement, parce qu’il n’y a pas de racines. » (Réunion des PO, nov. 2013)

Michel Delepoulle est né le 19 juillet 1923 à Roncq dans le département du Nord. Il était d’une famille de 6 enfants. Son père était ingénieur électricien alors que la maman travaillait au foyer. Michel a fait ses études secondaires à l’Institution Saint Jude à Armentières. Michel suit une formation d’ingénieur grâce à l’Institut Catholique des Arts et Métiers de Lille, formation dont Michel était très fier.

Michel DelepoulleC’est à l’âge de 23 ans, qu’il demande à devenir religieux et prêtre chez les Fils de la Charité. Il entre au noviciat en septembre 1947 et prononce ses vœux religieux un an plus tard, le 7 octobre 1948. « Dès le Noviciat, il affichait ses convictions, son amour pour les plus pauvres, les plus petits. » C’est le dimanche 30 août 1953 qu’il est ordonné prêtre dans l’église Saint Bruno d’Issy-les-Moulineaux.

Le premier poste de Michel est dans la paroisse Notre-Dame Auxiliatrice de Clichy. Cette paroisse où 35 ans plus tôt, le Père Anizan a fondé la nouvelle congrégation religieuse des Fils de la Charité. Il est jeune vicaire au service des enfants et des jeunes, proche des pauvres de ce quartier.

En 1961, l’Institut des Fils de la Charité demande à Michel de prendre la responsabilité de la paroisse de Sallaumines dans le diocèse d’Arras. Les 13 années vécues dans ce pays minier vont marquer profondément. « C’était un pasteur très humain, très proche, très exigeant aussi pour la qualité de la vie communautaire. A côté de cela il aimait rire et prendre du bon temps. Mais surtout il avait des tripes de pasteur très proche des gens pauvres et travailleurs. » disait de lui un de ses vicaires.

Michel a toujours été profondément engagé dans la lutte au coude à coude avec les gens défavorisés. Engagé dans une Association de Sallaumines : la CUEEP (Centre d’éducation Centre Université Économie d’Éducation Permanente) « Pour moi le CUEEP a été une expérience très riche, sur le plan d’éveil à l’expression orale et écrite et sur le plan culturel. Il y eut une suite après les « cours » : Formation professionnelle, participation à la bibliothèque, théâtre, festival… On insistait sur le fait qu’il ne s’agissait pas d’être des « professeurs » de Français, mais d’abord d’aider les gens à s’exprimer. »

Des gens de Sallaumines témoignent en 1974, alors que Michel vient d’être nommé pour partir en Région Parisienne. « Grâce à votre compréhension et votre gentillesse, tous les participants au CUEEP ont progressé. Chaque abandon était une douleur au cœur pour vous. Oui, des dizaines d’hommes et de femmes de Sallaumines et des environs ont appris à mieux s’exprimer et à lier des contacts humains. »
Michel a beaucoup accompagné les militants de l’Action Catholique Ouvrière (ACO). Il était exigeant pour la qualité des révisions de vie et en même temps très proche des réalités familiales.
« Certains de nos enfants sont handicapés, mais Michel a toujours su nous encourager et nous entraîner plus loin, vers le syndicalisme et le Mouvement de la Paix, malgré nos soucis, et grâce à cette foi partagée que nous vivions ensemble. »

En 1974, Michel arrive à Colombes comme responsable, coordinateur des paroisses et chapelles. Durant 9 ans, il doit coordonner la mission sur l’ensemble de cette ville de 80 000 habitants. Beaucoup d’organisation et de réunions, mais Michel reste un pasteur et un militant. Après quelques petits ennuis de santé, Michel est nommé au Grand Quevilly sur la rive gauche de Rouen. Mal remis d’une opération, il ne restera qu’une année dans cette ville où il y a également quatre églises et de nombreux groupes de laïcs en responsabilité. « En un an, il a rencontré des gens très pauvres, que nous n’avions jamais rencontrés en 10 ans ! »

Retrouvant la santé lui permettant de laisser libre cours à son dynamisme d’apôtre, Michel est nommé à Port de Bouc où il séjourne durant 24 ans comme prêtre ouvrier et en paroisse. Son cœur de pasteur et son énergie militante marquent durablement encore aujourd’hui. Toujours fidèle à ses convictions, il milite au Mouvement de la Paix, dans une cellule du Parti Communiste, à la CGT, à la CNL (Confédération Nationale du Logement). Michel était un militant « acharné », un religieux fidèle et un prêtre serviteur de Dieu et des foules. Il confiait ces quelques paroles à ses amis Prêtres Ouvriers : « A Port de Bouc, j’ai découvert qu’il y a une différence entre « être intéressé » par la politique, et « faire de la politique » c’est-à-dire s’engager avec les autres, quand quelqu’un m’a dit : « Quand je t’ai vu distribuer des tracts, j’ai dit : « c’est l’un des nôtres ! » Il exprimait encore parmi ses frères Prêtres-Ouvriers, les raisons de son engagement comme PO : « Par leur vie et leur engagement, les PO témoignent de l’importance d’une compromission concrète avec les travailleurs et les chômeurs, pour prendre place dans la libération de ce monde. » Michel vivait pauvrement au milieu des gens.

La vie militante de Michel n’était pas une fuite en avant. Le fondement de ses engagements dans la société comme dans l’Eglise, c’était bien son attachement viscéral à la personne du Christ. Chaque jour il prenait une heure pour la prière de l’oraison et pour cela il avait besoin de partir marcher au bord de mer quand il était à Port de Bouc ou dans les rues adjacentes d’Issy-les-Moulineaux, plus tard. « Pour lui la messe était vitale : offrande dans l’union au Christ de sa vie et de la vie des travailleurs » « Ce qui compte, disait-il, c’est l’offrande du pain et du vin, de la vie des hommes, chacun a une vocation, une mission particulière ! » Chaque jour avant de dormir, il priait le chapelet.

En 2008, Michel a demandé à rejoindre la communauté des Anciens à Saint Joseph d’Issy-les-Moulineaux. Il Michel Delepoulle, Fils de la Charitéa 85 ans et toujours autant le désir de militer pour servir les plus pauvres de cette ville. Il a continué à militer comme il le pouvait en s’appuyant sur des structures militantes au-delà d’Issy-les-Moulineaux qui ne lui offrait pas ce qu’il désirait vivre. A Saint Joseph, Michel était très attentif à ses frères et en même temps il souffrait de ne pas pouvoir toujours partager avec les autres Fils ce qui faisait le fond de sa vie militante au service des pauvres. « Je continue ma présence dans le monde par la pensée, la prière, l’eucharistie, dans la communauté de St Joseph, mais j’ai des pertes de mémoire épouvantables. » Michel a été très heureux que l’Institut des Fils de la Charité demande que les Prêtres-Ouvriers fassent une évaluation de leur engagement depuis les années 50, « afin de prendre des initiatives pour aujourd’hui. » Michel poussait pour que ce travail collectif se réalise.

A 91 ans, et après une chute apparemment sans conséquences (!) Michel était au bout de ses forces. Là où il se trouve à présent « il est sans doute déjà en réunion avec celles et ceux qui l’ont précédé » nous confie une amie. « Oui, de là où il se trouve il continuera à vivre cette solidarité avec nous dans les combats de chaque jour comme Fils de la Charité dans le partage du quotidien des plus faibles de nos quartiers populaires et pauvres des grandes villes. » (Un amis Fils de la Côte d’Ivoire).

Pour le Conseil France, Jean Guellerin fc

Michel a fait don de son corps à la science. Une messe à la mémoire de Michel a été célébrée le samedi 31 janvier 2015 à 10h30 en la chapelle Saint Bruno d’Issy-les-Moulineaux (92).

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Commentaires


3 commentaires sur Portrait de Michel Delepoulle fc

  1. Christel MORIN

    Merci pour ce beau portrait de Michel. Je n’oublierai jamais nos fous rires autour d’un bon repas et son bel engagement pour la paix. Un vrai et réel pasteur. Michel est gravé dans mon cœur.

  2. GOLINELLI

    Denise et Claude
    Nous avions connu Michel à son arrivée à Clichy. Son passage a laissé des traces indélébiles dans le groupe de jeunes que nous étions. Nous l’avons retrouvé en Provence où il venait nous voir à Manosque. Nous y discutions longuement des événements et comment s’y engager. Nous sommes restés en contact jusqu’à quelques jours avant son décès. Michel nous ne t’oublierons pas. Merci pour ce que tu nous a apporté.

  3. CHRISTIAN PROKSA

    Je suis sallauminois et je garde un souvenir imperissable du pere Michel . J aimais beaucoup discuter avec lui de la marche du monde .C etait un formidable pedagogue tant sur le plan laique que sur le plan spirituel . Ses commentaires des evangiles m ont beaucoup apporté . Christian

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