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Quand les livres s’invitent dans la rue


Quand les livres s’invitent dans la rue

Dès les premières années d’ATD Quart Monde il a été souhaité que des bibliothèques de rue pour les enfants s’installent dans les quartiers. L’été est arrivé, prenons le temps de lire au soleil !

Une fillette installée sur un genou, une autre penchée derrière son épaule, Astrid, bénévole à ATD Quart Monde, lit un conte tout doucement, assise sur un minuscule tabouret. Plus loin, une petite fille en djellaba aux couleurs lumineuses feuillette un album, le repose puis passe à un autre. Il est 15 heures ce mercredi, et la bibliothèque de rue d’ATD Quart Monde vient de débuter au pied des immeubles de la cité du père d’Huit, dans le vingtième arrondissement de Paris, un quartier très populaire. La petite équipe a étalé une vaste natte aux motifs vert et jaune à même le sol, et disposé dessus des caisses de livres rangés par genre et par âge. Philippe Hignard, le responsable qui vient chaque mercredi et samedi après-midi depuis des années, salue les enfants qu’il connaît, demande des nouvelles des frères et des sœurs, propose de lire ensemble…

Donner du goût aux livres

Bibliothèque de rue

© DR

«Qu’il vente ou qu’il neige, nous sommes là toute l’année », explique Philippe Hignard, un ancien VRP de vêtements d’enfants puis agent immobilier aujourd’hui retraité et bénévole à ATD Quart Monde. En cas d’intempéries, le groupe peut se replier dans une ancienne loge de gardien.

«Pour moi, poursuit-il, la bibliothèque de rue est une façon de donner goût aux livres, autrement que par l’école, à des enfants qui souvent n’en ont pas. Cela crée aussi des liens dans le quartier entre adultes, avec des parents qui viennent parler. Et puis, ce n’est pas une bonne action que l’on fait pour les enfants, cela nous apporte aussi beaucoup, avec des moments forts».

Philippe Hignard, dont la femme Christiane vient le samedi, ajoute que cela a changé son regard :

«comme agent immobilier, j’entendais régulièrement : «ce secteur n’est pas bon, il faut l’éviter.» Moi, je connais ce quartier et je m’y sens bien».

Face au cercle vicieux de la misère

Les bibliothèques de rue d’ATD Quart Monde – 59 en France – sont apparues dans le contexte de mai 1968, avec l’idée du «savoir dans la rue», rappelle Marie Aubinais, auteure d’un livre sur le sujet [“Les bibliothèques de rue”, Marie Aubinais, Bayard/Ed Quart-Monde, 2010]. Le père Joseph Wresinski, fondateur d’ATD Quart Monde en 1957, fut un précurseur. L’une de ses premières actions lorsqu’il s’installa dans le bidonville de Noisy-le-Grand (Seine-Saint-Denis), fut d’ouvrir une bibliothèque pour les enfants.

«Cela pouvait paraître un luxe inimaginable, expliquait-il. Mais le cercle vicieux de la misère est d’abord celui de l’analphabétisme, de l’incapacité de s’exprimer et de s’engager dans des échanges normaux avec les autres, de l’impossibilité, pour les enfants, de tirer profit d’un enseignement conçu pour un milieu et en fonction de conditions d’existence qui ne sont pas les leurs».

Dans un premier temps, les habitants du bidonville n’avaient pas bien compris ce choix alors qu’ils manquaient de tout. Peu à peu, ils ont commencé à y envoyer leurs enfants.

«Eux dont le vocabulaire se limitait aux quelques objets qui les entouraient et aux besoins immédiats, poursuivait Joseph Wresinski, ont pris conscience de l’existence d’un autre monde que la misère immédiate, inhumaine. Le livre et la parole leur ont ouvert les portes de la vie».

Bibliothèque de rue

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Enfants et animateurs : un enrichissement mutuel

Ouverture à la lecture et à la culture, partage et échanges entre des personnes d’horizons divers… Les bibliothèques de rue d’ATD Quart Monde, qui ont essaimé dans les pays où le mouvement est implanté, sont restées fidèles aux principes de départ. Les livres, souvent achetés neufs, sont soigneusement choisis – Joseph Wresinski voulait «les meilleurs». Les animateurs sont de tous âges et de tous milieux. Ce mercredi-là par exemple dans le vingtième arrondissement, Astrid, stagiaire de Sciences Politiques, côtoyait Laetitia, une étudiante préparant l’agrégation de philosophie, et Evelyne, une art-thérapeute qui a le don de faire inventer des histoires aux enfants à partir de marionnettes qu’ils confectionnent eux-mêmes.

Pour les enfants comme pour les animateurs, c’est un enrichissement réciproque. Philippe et Christiane Hignard ont noué des liens étroits notamment avec deux familles. Comme elles ont déménagé depuis leurs rencontres, ils passent prendre les enfants en voiture pour les emmener à la bibliothèque de rue. Ils ont aussi inscrit deux frères, Nouha et Ali, au rugby au Stade français. «Ils ont accroché, ils sont même dans l’équipe Elite», souligne Philippe, fan du ballon ovale.

Raphaël Papon, aujourd’hui animateur d’une bibliothèque de rue à La Roche-sur-Yon, en Vendée, fut d’abord un enfant lecteur.

«On racontait nos soucis à un animateur, confie-t-il à Marie Aubinais, il n’avait pas forcément de réponse miracle, mais il savait nous orienter. Il nous écoutait sans juger. La bibliothèque de rue élargit les horizons, transforme le regard. Elle peut donner aussi confiance en soi, car les enfants sont écoutés.»

Véronique Soulé, ATD Quart-Monde

 

Extrait de Chantiers n°186 – juin 2015 – “Au plaisir de lire !”

Couverture de la revue chantiers de juin 2015

© Fils de la Charité

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