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Les Roms du Samaritain, que sont-ils devenus?


Les Roms du Samaritain, que sont-ils devenus?

L’équipe des Fils de la Charité à La Courneuve côtoyait le grand bidonville de 300 personnes roms (80 familles dont plus de 100 enfants et jeunes) depuis novembre 2014. Caché entre des entrepôts, au bout d’une rue défoncée dominant la voie ferrée, ce terrain, appelé le platz par les Roms, a été expulsé cet été. Robert Jourfier fc raconte.

Dignité et dénuement

Robert Jourfier fc

© Jean Guellerin

En approchant du platz je n’étais pas fier. Je me demandais si je serais reçu ou rejeté, si je pourrais communiquer. La parabole des talents m’avait décidé. En homélie j’avais souligné que le talent le plus précieux, confié par Jésus avant son départ, c’est sa parole à vivre, et à faire fructifier. Alors je me suis pris par la main.

Devant l’unique portail de tôles, entre cinq ou six vieux véhicules, et un berger allemand attaché et paisible, j’ai abordé un groupe d’hommes.

Au mot « expulsion » ils m’ont fait signe d’entrer et un enfant m’a conduit chez Ioan, chef et pasteur pentecôtiste. Première surprise, les trois rues du platz sont recouvertes de vieilles moquettes pour isoler de la boue. Les maisons de matériaux récupérés abritent des intérieurs très propres de 15 à 20 m2 : tentures au mur, vitres lavées, plante verte, rideaux propres et un ingénieux poêle à bois bricolé. Ioan m’a offert un café. Il a laissé son repas et m’a fait visiter les trois rues du village. Au fond : les toilettes et le groupe électrogène. À l’entrée, l’église du Samaritain : une grande cabane d’une centaine de places, bien construite, ornée de tentures, équipée d’une sono et d’un petit orgue. Dans la rue je croisai des personnes rentrant à la maison, habillées proprement et avec goût, ce qui est un exploit lorsque le seul point d’eau est une unique borne à incendie.

J’ai admiré leur ingéniosité pour vivre dignement dans ce dénuement.

En romani

Je suis reparti heureux de leur accueil chaleureux. Avec Gérard, nous avons appris à connaître Joszef, 17 ans, qui chante à l’église, et travaille comme traducteur à l’association “les enfants du canal”. Cristian travaille avec un CDI et des papiers en règle. Il paye des impôts mais ne reçoit aucune allocation faute de domiciliation. Du coup ses enfants ne peuvent être scolarisés. Il est là depuis 7 ans. Plusieurs sont dans cette même situation.

Nous avons vécu avec eux des grands moments. En décembre un quatuor à cordes de l’Orchestre de chambre de Paris a rassemblé une centaine de personnes dans leur église. Nous avons prié avec eux au culte pentecôtiste. Ils m’ont donné la parole. Le pasteur m’a béni en Romani et mon voisin m’a griffonné la référence sur un bout d’enveloppe : Rut c2 v 12. « Que le Seigneur sous les ailes de qui tu es venu t’abriter te récompense pleinement ».

De nombreuses associations interviennent dans le platz : Médecins du monde, ASET 93 (Association pour la scolarisation des enfants tsiganes), Fondation abbé Pierre, des universitaires de la FSMH (Fondation Maison des Sciences de l’Homme), la voix des Roms,… Avec un élu courageux ils portaient un très beau projet alternatif. Il s’agissait avec l’aide des habitants, d’abord d’assainir le platz (évacuation des déchets, dératisation, mise en place de toilettes sèches). Dans le même temps il s’agissait, comme y oblige la loi (Circulaire interministérielle du 26 août 2012 : relative à l’anticipation et à l’accompagnement des opérations d’évacuation des campements illicites), de faire avec chaque famille un diagnostic social pour leur permettre la sortie progressive du platz. Ainsi ce terrain pouvait être évacué en 3 ans. Les financements existaient. Mais les autorités municipales et préfectorales, sourdes, ont préféré l’expulsion.

En une heure destruction de sept ans de travail social

Santons voyageurs

© Florence Sanyas

En août une pétition de Joszef a recueilli 41 000 soutiens. Nous avons joint nos efforts aux autres associations et mobilisé nos réseaux. Gérard leur apportait quotidiennement la presse qui donnait de larges échos favorables. Le défenseur des droits était à leurs côtés. L’évêque les a visités et soutenus. Le 16 août une « porte ouverte » sur le platz a rassemblé de nombreux soutiens… Rien n’y a fait. Le jeudi 27 août 2015 à midi la police, suivie des bulldozers, les a expulsés.

Avec leurs maigres biens, on a détruit en une heure le projet, le travail social et les liens de sept années.

Ni le jour ni l’heure ne leur avait été communiqué. Une femme revenant d’acheter du pain a été interdite d’entrer et a vu sa maison et toutes ses affaires détruites. Ceux qui travaillaient rentrant le soir n’ont rien retrouvé. Certains y ont perdu tous leurs papiers. Les autres étaient partis sous une pluie battante, avec des paquets, les bébés et les enfants, parfois sous les quolibets de policiers. La préfecture a annoncé onze chambres d’hôtel pour les plus fragiles mais sans dire que c’était pour trois nuits seulement et à des kilomètres de là. Francesca, 80 ans, a erré trois jours et trois nuits avant de retrouver le groupe qui est sa seule sécurité. Le pasteur a disparu en voiture, ce qui a laissé quelque amertume.

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© Florence Sanyas

Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait?

Ils se sont réinstallés sous des petites tentes de Médecins du Monde, dans le square de la mairie. Le dimanche suivant nous avons maintenu une prière prévue avec eux. Une quarantaine de musulmans, évangéliques, catholiques, ont donc prié devant les ruines du platz gardées par deux vigiles et leurs chiens. Les Roms ne sont pas venus : peur de quitter leur campement, peur d’avoir mal au coeur en revoyant les lieux. Nous les avons rejoints à la mairie pour un défilé improvisé et un nouveau temps de prière. Leur lutte continue. Des habitants et associations continuent de soutenir, organisent des moments festifs. Le maire les a reçu pour la première fois en 7 ans, mais pour leur signifier de partir. Ils ont pris la parole à la fête de l’Huma. Aline Archimbaud, sénatrice du 93 les a invités au Sénat, Amnesty international se mobilise pour eux.

Mais ils sont toujours là dans une immense détresse avec le froid et la pluie. Sous les tentes : Antonia, 12 jours et sa soeur 4 ans. Et Emmanuel, Darius et Adelin 14 ans, blessés gravement dans l’attentat du stade de France le 13 novembre 2015, alors qu’ils faisaient de la récupération.

Joszef et ses amis continuent de se battre entre découragement et rage de vivre. Mais rien à faire, pour eux rien ne bouge, comme s’ils n’étaient pas de la même humanité que nous.

Robert Jourfier fc, prêtre à La Courneuve

Extrait de Chantiers n°188 – décembre 2015 – “Echos des périphéries”

Couverture de la revue chantiers de décembre 2015

© Fils de la Charité

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