Logo du synode sur la famille 2015 Actualités

Les enjeux du Synode des évêques sur la famille


Les enjeux du Synode des évêques sur la famille

« La vocation et la mission de la famille dans l’Eglise et le monde contemporain »

Mgr Jean-Luc Brunin, diocèse du Havre

© Diocèse du Havre

Monseigneur Jean-Luc Brunin, évêque du Havre et président du conseil épiscopal “Famille et Société”, est sollicité pour participer à la seconde session du Synode qui doit se tenir à Rome du 4 au 25 octobre 2015. A ce titre il en décrit les enjeux dans le numéro spécial “Famille” de la revue chantiers.

En octobre 2013, le pape François a annoncé la tenue d’un Synode sur la famille. C’est la première fois qu’un Synode se déroule en deux temps : une première assemblée synodale en octobre 2014 puis une seconde assemblée en octobre 2015. Le pape en a décidé ainsi en raison de « l’ampleur et la complexité du thème » [Présentation de l’Instrumentum Laboris 2014]. Ce Synode, qui a fait déjà coulé beaucoup d’encre, soulève l’enthousiasme de beaucoup et les craintes de quelques-uns. Il met en lumière des difficultés actuelles de la vie des familles et cherche comment les aider. Mais sa mise en œuvre traduit aussi la vision de l’Eglise du pape François et la façon dont il conçoit l’être et l’agir chrétien dans le monde d’aujourd’hui.

Un Synode qui prend son temps

L’annonce du Synode sur la famille a été accompagnée fin octobre 2013 de l’envoi d’un questionnaire aux évêques du monde entier, les invitant à consulter largement les fidèles. Même si la formulation des questions n’était pas toujours simple, elles traduisaient un réel souci de comprendre ce que vivent les familles aujourd’hui et un intérêt sincère pour leurs préoccupations. Les fidèles l’ont bien reçu ainsi, et de très nombreuses réponses sont parvenues dans les diocèses du monde entier.

Alors que ce processus de consultation était encore en cours, le pape François a fait intervenir le cardinal Walter Kasper lors du consistoire de février 2014. Dans une contribution théologique publiée depuis [Cardinal Walter Kasper,  L’Evangile de la Famille, Paris, Cerf, 2014.], celui-ci a commencé à esquisser l’idée qu’une démarche pénitentielle pourrait être envisagée pour les personnes divorcées-remariées qui, à certaines conditions, pourrait conduire à leur admission au sacrement de l’eucharistie. Cette intervention a ouvert un large débat dans l’Eglise.

L’Instrumentum laboris publié en juin 2014 a servi de base pour la première réunion du synode dont le thème était : « Les défis pastoraux de la famille dans le contexte de l’évangélisation ». Fruit du travail d’écoute mené dans le monde entier, il prenait acte avec beaucoup de franchise de la non-réception et/ou la non-compréhension de certains aspects de la doctrine de l’Eglise dans le domaine de la famille. Il dressait également un état des lieux réaliste de la vie de famille à notre époque.

Logo du synode sur la famille 2015

© DR

Lors de la première assemblée synodale en octobre 2014, le pape a invité les évêques présents à s’exprimer librement et en toute franchise. Lui-même a pris la parole au début et à la fin, mais a assisté silencieusement à tous les débats. Il a ainsi permis de vrais échanges entre évêques en se portant garant de la communion ecclésiale. Comme l’a dit François dans son discours de clôture, les divergences sont naturelles et il est bon qu’elles s’expriment. Ce n’est que dans le dialogue que des chemins de vie peuvent se dessiner, que de nouvelles solutions peuvent être élaborées.

La Relatio synodi, soit le rapport final voté par les pères synodaux, constitue en même temps les Lineamenta pour la session du Synode qui se déroulera en octobre 2015 sur le thème : « La vocation et la mission de la famille dans l’Eglise et dans le monde contemporain ». Ce document a été complété en décembre 2014 avec une série de questions pour lesquelles les évêques étaient à nouveau invités à consulter les fidèles mais aussi les institutions académiques. Les catholiques ont à nouveau été nombreux à y répondre. L’Instrumentum laboris pour le travail de cette seconde assemblée synodale est paru en juin. Il fait à nouveau une large place à la vie concrète des familles et à la miséricorde et au pardon. Les évêques se réuniront pendant trois semaines à Rome en octobre et voteront un document final.

Mais ce n’est pas le Synode qui tranchera les questions épineuses. Les évêques donnent leur avis, peuvent préconiser des solutions. Les orientations définitives seront données par le pape dans une exhortation post-synodale. Logiquement ce texte devrait voir le jour en 2016 peut-être même plus tôt. Le pape a en effet annoncé un Jubilé extraordinaire de la Miséricorde qui débutera le 8 décembre 2015, jour du 50ième anniversaire de la clôture du Concile Vatican II. La miséricorde ne sera-t-elle pas au cœur du message que le pape délivra ?

Famille africaine

© Godong

La vision de l’Eglise du pape François

Ce Synode qui prend son temps dit quelque chose de la vision de l’Eglise du pape François et de sa façon d’envisager l’être et l’agir chrétien. Ce synode organise tout d’abord un dialogue entre différents acteurs d’Eglise. Les évêques, les fidèles, les théologiens : tous sont partie prenante de ces discussions autour de la famille. Par l’écoute du terrain, le synode oblige à prendre en considération la complexité de la vie qui déborde toujours aussi bien les catégories de pensée que les prévisions humaines. L’échec, la douleur, la tristesse et les épreuves y côtoient la joie et le bonheur. La vie de famille ne rentre pas spontanément dans les cases préétablies. Comment accompagner tous et chacun sur son chemin ?

Par l’écoute des théologiens, le Synode oblige à sortir des ornières pastorales et d’un juridisme excessif. La question de l’accès aux sacrements des divorcés-remariés ne peut être ramenée à un oui ou non ; la question de la contraception ne relève pas uniquement d’une question de permis ou défendu ; la question de l’homosexualité ne peut se résoudre en opposant les personnes et les actes. La complexité des relations et des situations, les parcours de vie souvent chaotiques, obligent à développer de nouvelles initiatives pastorales pour rejoindre chacun là où il en est. L’exégèse, la morale fondamentale ou encore un approfondissement de la théologie des sacrements permettent de chercher des nouvelles approches tout en restant fidèles au message de l’Evangile.

Il faut du temps pour prendre la mesure de la complexité de la vie de famille aujourd’hui, il faut du temps pour mûrir les solutions et les chemins que l’Eglise peut proposer, il faut du temps pour impliquer le maximum de personnes dans cette réflexion. Dans Evangelii Gaudium le pape François disait déjà que le temps est supérieur à l’espace. Le synode montre bien l’importance du facteur temps dans la vie de l’Eglise comme dans la vie des familles.

Il est trop tôt pour dire quelles orientations seront retenues par le Synode et quelles décisions seront ensuite prises par le pape. Mais l’enjeu pour l’Eglise est d’entrer dans ce dialogue avec le monde pour discerner ensemble les solutions. C’est cette même attitude que le pape préconise dans son encyclique Laudato Si’. L’enjeu pour les familles est que, même blessées, mêmes touchées durement par les événements de la vie, elles puissent continuer à jouer leur rôle social et éducatif et demeurer des lieux d’humanisation.

Amour en famille

© Godong

La vision des familles du pape François

La vision des familles que déploie le pape François au fil de ses interventions, en particulier dans les catéchèses du mercredi, montre bien que pour lui la famille est d’abord une réalité à vivre, plutôt qu’un problème moral à résoudre. Elle n’est pas un objet sur lequel on communique des opinions, mais un milieu de vie où l’on apprend à communiquer, dans l’amour reçu et donné [Message pour la journée des communications sociales 2015] . La vie de famille est évoquée avec des mots simples et très réalistes, les personnes sont encouragées et des attitudes sont soulignées.

La culture de la proximité est le fil rouge de la vie de famille. C’est la relation qui est mise en valeur, relation entre grands-parents, pères, mères, enfants, frères et sœurs etc… Selon le pape François, il y a un lien étroit entre l’espérance d’un peuple et l’harmonie entre les générations [Catéchèse 11 février 2015]. Les anciens devraient encourager les plus jeunes dans la recherche du sens de la vie [Catéchèse 11 mars 2015]. Les plus jeunes sont appelés à exprimer de la gratitude et de l’hospitalité envers les aînés.

Les pères sont invités à être réellement présents, proches de leur femme, de leurs enfants. C’est une présence toute simple, être avec les enfants « lorsqu’ils jouent et lorsqu’ils s’appliquent, lorsqu’ils sont insouciants et lorsqu’ils sont angoissés, lorsqu’ils s’expriment et lorsqu’ils sont taciturnes, lorsqu’ils osent et lorsqu’ils ont peur, lorsqu’ils commettent un faux pas et lorsqu’ils retrouvent leur chemin ; un père présent, toujours » [Catéchèse 4 février 2015] . Cette présence dans l’ordinaire des jours est tout sauf celle d’un contrôleur : les pères qui contrôlent trop leurs enfants ne les laissent pas grandir.

Quant aux mères, elles sont un antidote à l’individualisme égoïste. Mais si elles sont souvent très exaltées du point de vue symbolique, elles ne sont pas suffisamment considérées dans leur rôle central. Il faut donc « mieux comprendre à quoi elles aspirent pour exprimer les fruits les meilleurs et les plus authentiques de leur émancipation » [Catéchèse 7 janvier 2015] . La lutte contre toute forme de machisme va de pair avec la reconnaissance de leur place réelle dans la société, la famille, les communautés chrétiennes, sans oublier une aide dans la vie quotidienne.

« S’il te plaît, merci, pardon » : ce sont de petits mots qui jalonnent la vie de famille, pas des grands discours. Puisque c’est en famille que l’on fait en premier lieu l’expérience de ses propres limites et de celles des autres -et il faut parfois de la patience pour se supporter les uns les autres- ces trois mots balisent le chemin d’une vie dans la paix car ils traduisent des attitudes de fond que tous peuvent adopter. “Nous devons devenir plus intransigeants sur l’éducation à la gratitude, à la reconnaissance” [Catéchèse 13 mai 2015] , insiste le pape François. La gratitude n’est pas qu’un pur formalisme de bonnes manières, pour le croyant elle est au cœur même de la foi : « un chrétien qui ne sait pas remercier est quelqu’un qui a oublié la langue de Dieu ».

Cette éducation à la gratitude porte du fruit pour toute la vie sociale : « la dignité de la personne et la justice sociale passent toutes les deux par là. Si la vie de famille néglige ce style, la vie sociale le perdra aussi ». Les familles ont une mission dans le monde contemporain, les travaux du Synode s’emploieront à la mettre en lumière.

Mgr Jean Luc Brunin, Evêque du Havre

Extrait de Chantiers n°187 – septembre 2015 – “La famille : un bien si précieux”

Couverture de la revue chantiers de septembre 2015

© Fils de la Charité

S’abonner ou commander ce numéro sur la famille

Abonnement à chantiers

Nous vous remercions d'envoyer un chèque de 6 euros par numéro demandé (à l'ordre de chantiers des Fils de la Charité) , à l'adresse suivante : 22 rue de l'abbé Derry 92130 Issy-les-Moulineaux.

Pour un règlement par chèque (à l'ordre de "chantiers des Fils de la Charité"), merci de l'envoyer à Chantiers 22 rue de l'abbé Derry 92130 Issy-les-Moulineaux.

Envoyer votre chèque à Chantiers Fils 22, rue de l’Abbé Derry 92130 Issy-les-Moulineaux
Parcourir...
S'il vous plaît patienter ...

 

 

Voir aussi

Commentaires


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *