Gabriel Goullin fc et une famille de Laura City Actualités

La résilience aux Philippines


La vie plus forte que la souffrance et la mort :
La résilience aux Philippines

Dans ce quartier de la banlieue de Manille, Daniel Godefroy, Fils de la Charité, y côtoie la souffrance et pourtant la vie n’y est pas triste. Il témoigne de ses surprises.

Dans un dédale de ruelles

Je visite un quartier de notre paroisse : il y a des cabanes délabrées, couvertes de tôles rouillées et percées qui laissent passer l’eau aux grosses pluies. Il y a des chemins de terre boueux ou des routes défoncées. Il y a des déchets puants où les rats trouvent leur nourriture, et partout des enfants !… Des enfants qui jouent, rient, courent…. Et, à coté des enfants, il y a des mamans qui lavent le linge, font la cuisine, jouent au Bingo… Dans ces quartiers, la vie n’est pas triste… Elle est pleine de surprises…

Daniel Godefroy fc et des enfants de Laura City

© Fils de la Charité

Il faut accepter de perdre son temps, s’approcher, saluer, ne pas hésiter à s’engager dans un dédale de ruelles qui mènent on ne sait où, s’arrêter, engager la conversation … Alors tous ces visages qui regardent avec étonnement un étranger, s’éclairent de sourires merveilleux : leur gentillesse vous ouvre le cœur. On va chercher une chaise pour vous ! (Où la trouvent-ils ? Parce qu’eux sont assis sur des cailloux ou des boites de récupération) … La conversation s’engage. C’est comme si une fête commençait… Et si vous commencez à dire quelques mots dans la langue qui est la leur, vous recevez des confidences comme si vous aviez toujours habité là! On vous apporte des biscuits et un soda bien frais ! La fatigue a disparu, vous n’entendez plus le bruit, ne sentez plus les odeurs : des enfants d’une grande beauté s’approchent de vous, des yeux étonnés, des sourires édentés et des mains se tendent vers vous, non pas pour demander de l’argent, mais pour vous inviter à partager leurs jeux…

L’admiration

La conversation s’engage avec une maman de 6 enfants qui s’appelle Edna… Cette famille qui m’offre une « merienda » (goûter) si gentiment, a vécu un drame dont la plaie n’est pas encore cicatrisée. Le mois dernier, Mélissa, une petite de 5 ans est tombée dans le puits où les gens du quartier puisent l’eau pour leur toilette et pour la lessive. On a retrouvé son corps sans vie après plus d’une heure de recherche dans tout le quartier. On a veillé le corps de la petite, sur le bord de la route, parce qu’il n’y avait pas de place dans la maison. Cette veille a duré deux semaines parce qu’on n’avait pas d’argent pour payer la sépulture. Le mari d’Edna était décédé l’année précédente et les seuls revenus de la famille viennent du grand frère qui vend des journaux le matin et de la grande sœur qui travaille dans une cantine.

La conversation se prolonge et lorsque je prends congé, la petite dernière se colle à moi et me dit simplement : « Tu reviendras nous voir ? » Elle prend ma main et la porte à son front en signe de respect et de bénédiction.
Lorsque vous quittez une famille comme celle d’Edna qui vit depuis des années dans un taudis à coté d’un canal glauque plein de déchets de toutes sortes, vous n’avez plus envie de vous plaindre… Vous essayez de comprendre, vous commencez à admirer… Vous commencez à aimer… Vous n’êtes plus le centre de vos émotions, de vos pensées, de vos projets. Vous avez perdu un peu de votre temps… et vous avez progressé en humilité… Vous avez gagné des amis. C’est le plus beau cadeau que vous recevez. Et ce cadeau, ce sont les pauvres qui vous le donnent.

Des Fils de la Charité aux Philippines

© Fils de la Charité

Visite d’une île dévastée par Hayan

De nombreuses organisations internationales se sont mobilisées pour vivre la solidarité avec les victimes du super-typhon Hayan (nom philippin : Yolanda le 8 novembre 2013 où près de 10 000 personnes ont perdu la vie et une région entière a été dévastée et sinistrée). « Kaibigan» (« amitié » en tagalog) une association française créée par des amis a récolté en peu de temps plus de 10000 € et a choisi d’apporter sa solidarité à l’île de Victory où MAG (association philippine : «Medical Action Group ») présente depuis longtemps, effectue un travail de solidarité médicale et sociale.

4 mois après le drame

Lorsque les délégués de Kaibigan viennent aux Philippines en Février 2014, nous visitons cette petite île du pacifique, une des premières touchées par le typhon Hayan : 4 mois après le drame, la plupart des familles sinistrées vivent sous tentes fournies par Médecins sans frontières.

La petite île de Victory ressemble à une grande crêpe posée sur l’océan : très petite et plate elle est presque au niveau de l’eau. Là habitent environs 550 personnes (175 familles). L’île a été complètement dévastée. Nous arrivons par bateau au lieu qui était l’école du village : tout est complètement cassé : les murs et le toit sont démolis. Il ne reste plus que la porte d’entrée. Nous sommes accueillis par une centaine de personnes pour la plupart des femmes et des enfants. Isidro, le capitaine du Barangay nous fait visiter le village ou plutôt ce qu’il en reste. Tout a été détruit. Seules deux ou trois maisons en dur sont intactes. De la chapelle du quartier, il ne reste plus que le carrelage qui venait d’être posé et un mur. Une femme prie à genoux dans une petite chapelle improvisée sur le côté. La plupart des arbres qui étaient sans doute grands et majestueux ont été étêtés ou arrachés… Sur l’ile tout le monde vit de la pêche et de l’élevage du poisson « Lapu-Lapu » dans des cages bien fixées dans la mer. Toutes ces cages ont disparu, ainsi que les petits bateaux de pêche des habitants. Les gens ont perdu leur maison, leur barque, leurs filets… Et parfois la vie : sur l’île 16 personnes sont disparues (deux familles) emportées par la mer furieuse. Seul un corps a été retrouvé. Une des adolescentes, avec qui nous parlons, nous dit la disparition de son papa. Les vents très forts ont commencé vers minuit et demi, et vers une heure et demie du matin le vent et la pluie sont devenus une véritable furie. Tout a été cassé en une demi-heure. Certaines personnes se sont attachées aux arbres avec des cordes pour tenir car le vent était si violent qu’il emportait tout. Isidro raconte avec des larmes dans les yeux : « Ce désastre a duré entre une demi heure et une heure. S’il avait duré trois heures, nous serions tous morts. » La mer a emporté beaucoup de sable et le niveau de l’île a baissé de près d’un mètre.
Une maman nous raconte « On ne voyait personne, même à 50 centimètres de nous. L’eau montait jusqu’aux genoux : une eau rouge et des vents tournants épouvantaient tout le monde… Je croyais que ma vie était finie. J’ai prié, j’ai demandé à Dieu pardon pour nos péchés. Cette situation a duré une heure. On croyait qu’on allait tous mourir. »

Palmiers et vent

© Fils de la Charité

Premier anniversaire après le drame

Un an après la tragédie, (le 8 novembre 2014) les amis de Kaibigan retournent sur l’ile et rencontrent les habitants. Les séquelles du typhon sont encore là, mais l’ambiance est différente. Les familles font une évaluation et parlent de leur détermination pour faire face à l’avenir. Kaibigan a décidé de parrainer un groupe de jeunes et une douzaine d’entre eux ont commencé pendant cette année scolaire, des études techniques ou universitaires sur le continent.

Un des jeunes étudiants s’exprime :

« MAG et Kaibigan nous ont généreusement accordé leur soutien, à nous les étudiants, aussitôt après que l’inoubliable et gigantesque typhon ait frappé notre pays. Savez-vous à quel point MAG et Kaibigan comptent pour nous ? Après le passage destructeur du typhon, tous les gens de notre communauté ont perdu leurs sources de revenus, ce qui fait que les parents ont bien du mal à envoyer leurs enfants à l’école. Nos parents se sont trouvés dans une situation difficile pour subvenir à notre éducation. A ce moment là nous avons perdu l’espoir de continuer nos études ainsi que celui de réaliser les rêves de notre vie. Nous savons tous que pour étudier il faut de l’argent pour les frais d’étude, pour le logement et pour le transport scolaire quotidien. Pour cela il nous faut un soutien accru. Quand MAG et Kaibigan nous sont venus en aide, je me suis dit qu’après la tragédie que nous avons vécue, il y a toujours un espoir, une possibilité pour que mes rêves se réalisent car je peux continuer mes études grâce à cette aide. Nous savons tous que c’est par les études que nous pourrons connaitre un meilleur avenir. Nous sommes très reconnaissants à MAG et à Kaibigan, les deux acteurs qui nous permettent de réaliser nos rêves, et de reprendre espoir malgré la tragique expérience que nous venons de vivre. Sans vous, nous ne pourrions pas continuer nos études. Un grand Merci pour votre soutien en espérant que vous continuerez à nous aider jusqu’à ce que nous ayons obtenu nos diplômes. »

Des Fils de la Charité aux Philippines

© Fils de la Charité

Toute une journée de fête et de joie a marqué le triste anniversaire. Le thème était “On regarde en arrière et on avance ! Les enfants et les adultes ont fait un concours de réalisations et de peinture masques. Les échanges ont été très positifs. Une maman a chanté une chanson composée par elle pour les associations qui les ont aidées. Elle est accompagnée par un papa à la guitare. Les paroles de la chanson sont à elles seules un grand message d’espoir : « Mes amis vous êtes à nos côtés ! »

La résilience n’est pas un vain mot aux Philippines même si personne ne connait ce mot. Ils trouvent l’énergie pour se relever dans leur foi et dans la solidarité. C’est un trésor qu’ils portent en eux et qui permet de surmonter la pauvreté et les calamités, un trésor qui fait que ce peuple est promis à un grand avenir.

Daniel Godefroy fc

 

Extrait de Chantiers n°185 – mars 2015 – “Plus forte la vie!”

Couverture de la revue chantiers de mars 2015

© Fils de la Charité

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Victory, un an après le typhon

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