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La place des femmes dans l’Eglise Catholique


La place des femmes
dans l’Eglise Catholique

 

Christine Pedotti est écrivain et journaliste, actuellement rédactrice déléguée à la rédaction de Témoignage Chrétien (à l’origine du “Comité de la jupe” avec Anne Soupa et Conférence Catholique des Baptisés(es) Francophones). Elle veut faire bouger les lignes en revenant aux sources de l’Evangile.

Christine Pedotti, La Bible racontée comme un roman, Xo, novembre 2015

© Xo

La question de la place des femmes ne se pose pas seulement dans l’Eglise catholique, mais elle s’y pose d’une façon particulière. En effet, le surgissement des femmes hors de la sphère familiale et intime et leur irruption dans tous les domaines de vie publique, politique, économique, sociale, culturelle est très récent; un siècle en comptant large, une cinquantaine d’années pour le gros du mouvement. Dans tous les domaines de la vie sociale, cette arrivée des femmes bouleverse les structures, les organisations, les façons de penser. Cette émancipation des femmes qui se libèrent du joug d’une domination masculine multimillénaire ne se fait pas sans quelques tensions, grincements et craquements. Il reste que dans notre société, cette arrivée des femmes est considérée comme bonne souhaitable et légitime. La parité est perçue comme un but vers lequel il faut tendre pour le bien de tous et toutes. Ne prenons qu’un exemple, les très grandes entreprises du CAC 40, pointées du doigt, voici dix ans à cause du faible nombre de femmes à leur conseil d’administration, y remédient immédiatement et rapidement. D’à peine 10 % en 2008, elles sont aujourd’hui plus de 30 %. L’objectif est d’atteindre au moins 40 %.

Qu’en est-t-il dans l’Eglise ?

Or, dans l’Eglise catholique, c’est comme si la question ne se posait pas, comme si l’Eglise, était “au-dessus de cela”. Il est d’ailleurs extrêmement curieux d’observer que la différence sexuelle qui ne cesse d’être louée comme un bien, ne semble plus si bonne que cela quand il s’agit de la place des femmes dans l’Eglise. Le simple usage du mot parité est déjà perçu comme une agression.

Alors l’Eglise catholique est-elle misogyne ?  En un mot, comme en cent, oui, elle l’est, du moins sur le long terme historique. Saint Thomas d’Aquin dans la somme théologique (Ia, q.92) affirme clairement : “L’homme jouit avec plus d’abondance du discernement de la raison que la femme”Et dans le florilège des propos malséants de clercs à l’égard des femmes, celui-ci est plutôt modéré. Néanmoins, il faut rapidement ajouter que si l’Eglise catholique est misogyne, elle ne l’est ni plus ni moins que les sociétés dans lesquelles elle est insérée. Ainsi, Saint Thomas ne dit pas autre chose que le philosophe Aristote : “Chez l’homme, le courage est tout de commandement, chez la femme, tout de soumission” (Aristote – Politique I.12).

Christine Pedotti, La Bataille du Vatican, Plon, 2012

© Plon

Plus près de nous, le concile Vatican II, il y a près de 55 ans, réunit 2 500 évêques, 400 théologiens et experts, plus d’une centaine d’invités observateurs, tous hommes. Mais aussi derrière les machines à écrire, micros et caméras, 1000 informateurs religieux, sont tous des hommes aussi.

Il y a trois ans, à Rome, lors de l’élection du pape François, tous les cardinaux étaient hommes, mais à l’extérieur, parmi les 6 000 membres de la presse internationale, il y avait autant d’hommes que de femmes, au micro ou assurant la partie technique.

Quand il s’agit de la place des femmes dans l’Église, le simple usage du mot parité est déjà perçu comme une agression.

En d’autres termes, la question de la place des femmes dans l’Eglise catholique est une question nouvelle car tant que l’Eglise et la société se comportaient de la même façon avec les mêmes usages, la question ne se posait pas, tout simplement pas. Pour le dire en une formule brève quand les femmes sont comptées avec les chameaux et les meubles, ou quand le code napoléonien les considère comme des mineures, il n’y a évidemment pas de question spécifique sur la place des femmes dans l’Eglise.

Comment interpréter la présence massive des femmes dans les communautés chrétiennes ?

Cette distorsion est la première des raisons du malaise des femmes dans l’Eglise. La deuxième, est que, ainsi qu’il est aisé de le constater, les femmes sont partout dans l’Eglise, et elles “font tout”. Accueil, catéchisme, préparation aux sacrements, accompagnement des familles en deuil, formations diverses, les femmes sont en effet partout. De la composition des bouquets à l’exégèse des textes bibliques, les femmes sont là, de sorte qu’on entend parfois, la blague suivante : « Heureusement que le curé est un homme, ça en fait au moins un dans l’assemblée ».

Christine Pedotti, Les pieds dans le bénitiers, Presses de la Renaissance, 2010

© Presses de la Renaissance

Cependant, avant de nous réjouir, de cette présence des femmes, observons qu’elle est toujours perçue comme une sorte de pis-aller, une solution de remplacement ou d’attente. Car les femmes ne sont pas là parce qu’il a semblé bon et juste de les appeler à telle ou telle mission mais faute de trouver les clercs pour le faire. L’arrivée des femmes en très grand nombre dans les services de l’Eglise catholique n’est pas un choix positif mais une solution qui dure face à l’absence des prêtres. De ce fait, la présence des femmes, consciemment ou inconsciemment, n’est pas perçue comme un gain mais comme une perte. On a des femmes, faute d’avoir des prêtres ! Et ne nous cachons pas que le manque de prêtres, la faiblesse du nombre de vocations est un grand trouble pour tous les catholiques. Dieu en ne donnant pas de vocations abandonnerait-il son peuple ? Ne cherchons pas plus loin pourquoi pour un certain nombre de catholiques, l’idée que les femmes puissent être prêtres est repoussante. Elle est sous-tendue par la conviction que le rôle des femmes n’est pas de prendre la place des prêtres mais faire naître des prêtres.

Quelles sont donc les questions que posent les femmes dans l’Eglise catholique ?

Elles posent d’abord le simple problème, qui s’est posé à toute la société avec la parité. Quand les places sont partagées entre les hommes et les femmes sur le critère de la compétence et non du sexe, il y a, si on va jusqu’à la parité, deux fois moins de place pour les hommes. On comprend qu’ils tentent de résister. Le deuxième problème est celui du rapport que l’Eglise entretient avec le monde et la culture dans laquelle elle est insérée. Comment réussir à admettre que le système de pensée dans lequel l’Eglise a vécu pendant de longs siècles n’est pas de révélation divine mais hérité d’une culture donnée ? Aujourd’hui, l’un des arguments parfois entendu pour ne pas admettre la parité dans le monde catholique est qu’il ne faut pas céder aux usages du monde, mais construire l’institution catholique en la clonant sur le système impérial romain antique et sur ses valeurs viriles et patriarcales, n’était-ce pas précisément céder aux usages du monde ?

Christine Pedotti, Jésus, cet homme inconu, Xo, 2013

© Xo

Le regard de Jésus

Si on va vers nos sources les plus sûres – Jésus lui-même tel que les évangélistes nous le dépeignent – on est stupéfait de constater qu’il est strictement impossible de trouver la moindre trace, non seulement de misogynie, mais même d’une vision péjorative des femmes. Tout au contraire. Alors que Jésus ne cesse de morigéner les hommes pour leur manque de foi, à de nombreuses reprises, il loue les femmes pour la leur.

Assigne-t-il les femmes à un rôle ? Ecoutons-le Alors que traversant la place d’un village, une femme dans la foule lui crie : “Heureux les entrailles qui t’ont porté, les seins que tu as sucés”, lui répond : “Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et l’observent !” (Luc 11, 27-28). La femme n’est pas réduite à la maternité mais trouve son bonheur dans l’étude et la méditation de la parole de Dieu; étude qui dans le monde juif est une obligation pour les fils d’Israël et dont les filles sont dispensées. Identiquement, quand dans le célèbre épisode de Marthe et Marie, Marthe demande à Jésus que Marie reprenne sa place “normale” à la cuisine, celle qui convient à son sexe, alors qu’elle est assise aux pieds de Jésus dans la figure du disciple, Jésus va “défendre” Marie : “Elle a choisi la meilleure place et elle ne lui sera pas enlevée”. Et faut-il rappeler que la plus incroyable des nouvelles, celle de la résurrection ne fut pas confiée aux hommes, mais aux femmes, à charge pour elles d’aller l’annoncer aux hommes : “mais ces propos leur semblèrent du radotage, et ils ne les crurent pas”. (Luc 24, 11).

Qui sait, dans un monde culturellement moins patriarcal, l’annonce de la Bonne Nouvelle aurait peut-être été confiée exclusivement aux femmes, suivant en cela l’exemple donné par Jésus lui-même?

Mais s’il est vain de vouloir refaire l’histoire, en revanche, il est utile de savoir ce que fut le passé afin de comprendre le présent et surtout de préparer l’avenir.

Christine Pedotti, Ce Dieu que j'aime, Mediaspaul, 2012

© Mediaspaul

Des convictions

Avant tout, je veux dire ma profonde conviction que l’émancipation des femmes est un fruit évangélique. Il fut long à mûrir tant était puissante la domination masculine. Mais regardons les choses en face, c’est bien dans les sociétés ensemencées par l’Evangile depuis des siècles que vient l’idée que les femmes ne sont pas moindres que les hommes : ce que l’Eglise célèbre depuis toujours et quasiment à son insu en baptisant du même baptême, avec les mêmes mots et les mêmes gestes, filles et garçons, équivalemment nouveau-nés dans l’Esprit, frères et soeurs du Fils, enfants du même Père, aimés du même amour.

Reste à l’Eglise institutionnelle à reconnaître ce que l’Eglise corps a déjà accompli, cette mise au monde d’une humanité marchant sur deux pieds, hommes et femmes, doués des mêmes talents, appelés à la même mission et répondant au même appel. Il n’y a pas deux humanités, les hommes et les femmes, mais une seule.

Les femmes éduquées, coresponsables du poids du jour avec les hommes dans tous domaines de la vie humaine ne peuvent pas être exclues sur le critère de leur sexe des missions de gouvernement, d’enseignement et de célébration qui sont celles de l’Eglise. Si ces responsabilités sont de l’ordre du service, les femmes en sont capables, si elles sont de l’ordre du pouvoir, rien ne permet de dire qu’elles l’exerceront plus mal que les hommes. L’émancipation des femmes est une bonne nouvelle, Jean XXIII disait un “Signe des temps”. Il est temps pour l’Eglise de reconnaître là un bon fruit et un enfant légitime de la fécondation évangélique. Il est temps d’écouter la fulgurante vision de saint Paul : dans le Christ, les situations de supériorité et de domination sont abolies : “Il n’y a plus ni juif ni païen, ni homme libre ni esclave, ni homme ni femme”. (Galates 3, 28)

Christine Pedotti

 

Extrait de Chantiers n°189 – mars 2016 – “Femmes en Eglise”

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Couverture de la revue chantiers de mars 2016

© Fils de la Charité

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