Week-end des Accompagnateurs de jeunes Actualités

Des lunettes pour voir la vie des jeunes


Des lunettes pour voir la vie des jeunes

En nous parlant de ces jeunes ados qu’elle accompagne, Jacqueline nous livre la foi qui l’habite. Sa foi au Christ l’amène à croire en eux en ajustant son regard, « comme s’il voyait l’invisible qui est en eux. »

“Dis Jacqueline, tu as entendu les événements concernant Charlie ?”, voici comment a commencé notre dernière réunion d’équipe JOC. Je pensais que cela serait simple de parler de cet événement ; ces ados ont sans doute des tas de choses à dire. Mais cela ne s’est pas passé comme prévu. Après plus d’une heure trente de réunion, je suis ressortie épuisée et surtout triste de cette rencontre.

Week-end des Accompagnateurs de jeunes

© Gilbert Julien fc

Le temps de réajuster nos lunettes

J’ai pris encore plus conscience que ces jeunes, âgés de 14 à 16 ans, n’avaient pas vraiment d’espoir en l’avenir, en la vie. Pour eux c’est sûr, ils ne pourront pas trouver de boulot : déjà aujourd’hui, ils disent : « On est jugé par rapport à notre quartier, à notre couleur de peau ». 15 ans et déjà ils expriment des sentiments d’adultes ; mais où vont-ils chercher cela ? Quels discours entendent-ils autour d’eux ? Lors de nos échanges, une des filles me dit  “tu ne peux pas comprendre, car toi tu es blanche et nous on est noir“. Cela m’a fait vraiment mal, et je leur ai dit “vous voyez là vous m’obligez à voir que vous êtes noirs, alors que moi je vous vois juste comme des jeunes, garçons ou filles!“. « T’as pas les bonnes lunettes alors » !

 Justement, et si j’avais les bonnes lunettes qui ne me font pas désespérer d’eux. Car je les connais ces jeunes, ils ont souvent été montrés du doigt. Car un peu perturbateurs, fortes personnalités, ce sont des caractères qui ne plaisent pas toujours aux adultes qui les entourent, que ce soit à l’école, à l’église et même chez eux parfois.

Mais prenons-nous vraiment le temps de réajuster nos lunettes et de voir au-delà de ce qu’ils montrent vraiment ?

Paul, Marie, Lucie et les autres

Je peux vous parler de Paul. En équipe, je passe beaucoup de temps à lui demander de baisser d’un ton, de laisser la parole aux autres, d’écouter les autres. Il a toujours des choses à dire et il les dit très « franchement ». Cela m’agace parfois, me fatigue souvent, car j’ai l’impression de perdre beaucoup de temps. Mais à chaque rencontre JOC, le dimanche matin après la messe il est là, il vient à l’équipe. Un jour, j’ai été « bluffée » quand l’équipe a dû animer une messe et qu’il est venu avec sa petite sœur handicapée, car il ne pouvait pas faire autrement. Qu’est-ce qu’il était beau à voir ! Prenant soin d’elle tout au long de la célébration, ne laissant rien passer, mais en lui parlant avec amour. Oui il était beau, car il montrait ce visage d’un grand frère avec ses obligations. Alors je me suis posée la question à savoir si face aux adultes qu’il rencontrait son attitude n’était pas simplement une façon de nous rappeler qu’il n’est qu’un ado. Dans ces moments où il n’est pas avec sa sœur, il peut se comporter comme un ado. Du coup il a du mal à se canaliser et il faut être là attentif, pour lui rappeler qu’il dépasse les bornes. Mais comment ne pas croire en lui. Oui pour Paul, c’est « plus forte, la vie ! ».

Je pense à Marie, très timide, elle se retrouve dans cette même équipe alors qu’elle ne peut pas prendre la parole, il faudrait qu’elle hurle plus fort que les autres. Alors elle attend, elle répond à la question que je vais oser lui poser, mais sans plus. Et puis à la fin de la réunion, elle attend toujours que tout le monde soit parti, pour venir me parler. Oui elle veut son moment à elle. Moi je dois prendre ce temps avec elle, même si la réunion m’a épuisée. Car Marie est présente aussi à toutes les réunions. Je dois être là à son écoute, car elle veut exister aux yeux de l’adulte que je suis. Elle veut sa place, elle aussi. Alors, pour Marie, « plus forte, la vie ! ».

Et puis, Lucie qui doit souvent garder ses petits frères et sœurs. Elle aimerait pouvoir faire un peu plus de sorties avec ses copains et copines, mais non, sa maman travaille. Elle doit donc souvent répondre aux sollicitations de sa mère. Alors c’est vrai qu’elle peut être tentée de se comporter en « ado » quand elle se retrouve avec d’autres ! Mais pour Lucie, grâce à l’équipe, “plus forte, la vie !”.

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© Gilbert Julien fc

Si je lâche, je lâche la confiance et je désespère !

Tous ces jeunes, ces situations m’obligent, moi adulte, à regarder au-delà de leur couleur, de leur caractère, de leurs difficultés. Si je désespère d’eux, je crois que je désespère aussi de moi-même, car à cause de ma foi au Christ, j’ai choisi de croire en eux. Si je lâche, je lâche la confiance que j’ai mise en l’homme. Et aussi, la confiance que j’ai dans le Divin, en Dieu qui, Lui, croit en l’homme. Et finalement, si je désespère, je perds ma foi, ma foi dans le Christ qui, lui, croit en eux. Plus forte, la vie !

Le Père Anizan disait : “Quand je rencontre un travailleur, s’il savait ce que je ressens pour lui ! Moi, je sais qu’il est immortel, aimé de Dieu, destiné au ciel” . Moi, quand je regarde ces jeunes, je sais qu’ils sont aimés de Dieu. Et je me sens invitée à voir en eux le Visage du Christ. Sinon, je suis comme tous ces adultes qui parlent des jeunes comme s’ils n’avaient jamais ajusté leurs lunettes. Je suis « foutue », si je ne vois pas cet invisible qui est en eux. Et eux, ils sont alors « foutus » à leur manière puisque je ne crois plus alors en eux. Oui, il faut que je m’accroche au Christ pour les regarder avec « envie ». Et c’est ça qui m’aide à les “mettre en Vie”. Alors, « plus forte la vie ! ».

Dépasser nos peurs et leur donner la confiance

Il faut que l’on se batte pour ces jeunes, pour qu’ils arrivent à trouver leur place dans cette société qui est aussi la leur. Je formule souvent ce souhait : que chaque jeune trouve autour de lui un adulte qui saura l’écouter, le conseiller, lui donner l’envie d’avancer. Non pas en lui passant la main dans le dos et en lu disant « mon pauvre enfant », mais en lui disant la vérité quand il dépasse les bornes… Etre un adulte en qui, il aura confiance et grâce à qui il pourra avancer dans la vie. Quelqu’un qui lui dit “tu es capable, tu vaux plus que ce que tu montres”. Oui je sais combien il est difficile pour certains adultes de croire en cette jeunesse. J’entends souvent, sur les quartiers où je travaille ou sur la paroisse, les réflexions de certains sur les difficultés qu’auraient ces jeunes. Mais je crois aussi que nous pouvons dépasser nos peurs vis-à-vis d’eux. Parfois une seule parole permet de débloquer cette peur, car eux aussi peuvent avoir peur des adultes. Ils désespèrent aussi beaucoup de nous. Mais nous devons retrouver confiance en cette jeunesse pour qu’elle aussi retrouve confiance en elle.

J’ai eu la chance de m’appuyer sur la confiance d’un adulte

Quelqu’un m’a dit que les jeunes étaient pour moi “chevillés au cœur et au corps” et c’est pourquoi j’ai des convictions en tant qu’accompagnatrice JOC ou éducatrice. Oui sans doute, car moi-même j’ai eu la chance de pouvoir m’appuyer sur un adulte. Sans doute a-t-il désespéré de moi à certains moments, mais jamais il ne m’a lâchée. J’avais de quoi m’appuyer, car cette relation était basée sur la confiance, sur quelque chose de solide, ce n’était pas une « maison bâtie sur le sable ». Alors moi aussi je veux être ce roc pour ces jeunes. Quand l’envie me vient de tout lâcher, de ne plus croire en eux, je n’ai qu’à relire ce que je vois d’eux et me dire que cela vaut la peine. Ces jeunes me donnent de ne pas désespérer d’eux. Ils me révèlent que «plus forte est la vie» et que ça vaut le coup d’être une adulte, parfois fatiguée, mais heureuse de « croire en eux ».

Jacqueline, d’Argenteuil (95)

Extrait de Chantiers n°185 – mars 2015 – “Plus forte la vie!”

Couverture de la revue chantiers de mars 2015

© Fils de la Charité

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Commentaires


Un commentaire sur Des lunettes pour voir la vie des jeunes

  1. Jo

    Jacqueline, ton témoignage me fait faire le lien avec une émission de RCF, repères, sur le même sujet que tu vis…
    “Donner le goût de vivre aux adultes en devenir”
    merci et à bientôt,

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